THEOLOGIE

FICHE TH 21 - Chapitre troisième : Election de saint Joseph à la dignité d’époux de la bienheureuse Vierge Marie (suite)

9. Le mérite de saint Joseph par rapport à celui de ses frères (p. 68-69)


On peut aller plus loin encore et dire que d’autres jeunes hommes, peut-être, se trouvaient aussi proches parents de Marie que saint Joseph et ainsi auraient eu également droit à sa main. D’abord, une tradition constante veut que saint Joseph ait eu pour frère Cléophas, ou Alphaeus, que l’Ecriture nous montre comme étant le père de Jacques le Mineur (Marc 3, 18). En outre, de graves auteurs nous donnent aussi saint Joachim comme frère de saint Joseph selon la nature, et dans ce cas, Marie aurait été la nièce de son Epoux. Pour Joachim, il ne pouvait pas être question d’union nuptiale avec Marie, puisque par son mariage avec Anne, il était devenu son père selon la nature ; pour Cléophas, la chose aurait été possible, n’eut été son mariage avec cette autre Marie, que l’Ecriture appelle précisément Marie de Cléophas (Marc 15, 40). Il ne restait donc que saint Joseph que, d’un côté, les circonstances indiquaient comme devant être l’Epoux de Marie, et que, de l’autre, ses mérites personnels rendaient entièrement digne de ce choix.

D’ailleurs, comme Marie était liée à Dieu par le vœu de chasteté, elle aurait très bien pu s’abstenir entièrement de tout mariage ; aussi bien, peut-on attribuer aux mérites de saint Joseph, que Dieu ait incliné la volonté de la future Mère du Sauveur à contracter avec lui l’union matrimoniale.


10. Question (p. 69-70)


Qu’il nous soit permis ici de proposer et résoudre une question qui a trait au sujet qui nous occupe et qui intéresse particulièrement la vie des personnes ecclésiastiques.


De ce que saint Joseph a obtenu, par ses mérites, la réalisation de son élection à la dignité d’Epoux de la Bienheureuse Vierge, peut-on conclure que tous ceux qui sont appelés à occuper une place dans la hiérarchie ecclésiastique doivent cette faveur à leurs mérites personnels ?


Non, cette conclusion ne peut s’admettre dans sa généralité. Il est des cas où ceci peut avoir lieu : c’est ainsi que nous lisons de saint Pierre Martyr, dans la collecte du jour de sa fête, qu’il mérita d’obtenir la palme du martyre. Mais ce serait une erreur de vouloir trop généraliser. N’est-ce pas à la grâce divine, et nullement à ses mérites personnels, que le grand saint Paul fut redevable de sa vocation à l’apostolat ? Si saint Paul a obtenu la grâce, observe saint Augustin, ce n’est certes pas à ses bons mérites qu’il le doit ; au contraire, nous savons quels démérites il s’était acquis (Livre de la grâce et du libre arbitre, c.6, n° 14).


Le mérite regarde donc l’augmentation de la grâce et l’acquisition de la vie éternelle, en tant que Dieu nous meut à faire le bien pour cette fin ; quant aux autres choses, telles que les biens temporels, la vocation à l’apostolat et autres semblables, elles peuvent bien être l’objet du mérite de condigno, non absolument parlant, mais en tant que ce sont là des moyens pour augmenter la grâce et procurer la gloire finale. Cela tombe sous le mérite de condigno, dit saint Thomas, Or la motion d’un être qui meut une chose ne s’étend pas seulement au terme dernier du mouvement, mais aussi à toute la suite du mouvement (Traite de la grâce, art 8).

11. Choix de saint Joseph à la dignité d’époux de la bienheureuse Vierge Marie (p.70)


Pour revenir au glorieux Patriarche, disons que sa sainteté et sa chasteté dépassant celles de tous les hommes qui vivaient alors sur la terre, excepté la Vierge de Nazareth, ses mérites augmentèrent dans des proportions immenses. Aussi Dieu voulait-il établir un rapport exact, entre ses mêmes mérites et la haute dignité à laquelle il l’avait destiné. D’autre part, cette même dignité devait être, pour saint Joseph, un moyen très efficace de croître en grâce et d’obtenir finalement le degré de gloire auquel il était prédestiné.


Ainsi, toutes les actions que le saint Patriarche avait accomplies jusqu’alors, avaient été, sous la motion de la grâce, comme autant de retouches de l’artiste divin, qui embellissaient son âme et la rendaient digne de sa sublime mission. Car, si la dignité incomparable d’Epoux de Marie exigeait dans celui qui devait en être revêtu une sainteté sans pareille, cette même sainteté, se trouvant de fait dans le glorieux Patriarche, ne pouvait être dignement couronnée, que par une récompense sans exemple, celle précisément d’être choisi pour Epoux de la Vierge Mère, type achevé de toute pureté.


Béni soit le Très-Haut, pour avoir accordé au glorieux saint Joseph une faveur si extraordinaire ! Apprenons de ce grand Patriarche, à accomplir saintement toutes les actions de notre vie, et à profiter, comme lui, des secours de la grâce et des moyens que Dieu nous donne pour croître dans la charité et parvenir au salut.

12. Conclusion (p. 71)


Nous arrivons à la conclusion finale, qui est que la cause méritoire première de l’élection de saint Joseph, à la dignité d’Epoux de la très sainte Vierge, dans l’ordre de l’exécution, fut le mérite de Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même, mérite de condigno, que Dieu, dans sa bonté, avait ordonné à cette fin.


En effet, quelques privilèges que les hommes aient jamais pu acquérir, dans le Nouveau comme dans l’Ancien Testament, ils les doivent aux mérites de Notre Seigneur qui, étant le chef de l’Eglise, est la cause universelle de notre sanctification. La sainte Vierge elle-même n’a été exempte du péché originel, qu’en vue des mérites futurs de notre divin Sauveur. Les mérites de la Mère de Dieu ont concouru, eux aussi, mais par une sorte de convenance, de congruo, à réaliser l’élection de saint Joseph à la dignité à laquelle il avait été prédestiné. Enfin les mérites de saint Josep, appuyés, comme nous l’avons dit, sur ceux de Jésus-Christ, lui ont valu cette prérogative unique, d’être choisi par Dieu comme véritable Epoux de Marie et Père putatif du Verbe incarné.


De cette manière tous les membres de la sainte Famille, chacun à sa manière, ont concouru à cet heureux événement, qui devait procurer une si grande gloire à la très sainte Trinité et un si grand bien à la société des élus.


Références-photos

FR012CFRDJ0019.jpg - Ensemble de la Sainte Famille en terre cuite – Basilique Notre-Dame de Dole – Poids 4 mégas 12 – Copyright : CFRDJ – Tranvouez.

FR012CFRDJ0024.jpg – Tableau de la Sainte Famille (Italien du 17ème siècle – Basilique Notre Dame de Dole – Poids : 2 mégas 17 - Copyright : CFRDJ-Tranvouez.

FICHE TH 20 – Chapitre troisième : Election de saint Joseph à la dignité d’époux de la bienheureuse Vierge Marie (suite)

7. Mérite personnel de saint Joseph par rapport à son élection à la dignité d’Epoux de la Vierge Marie (p.64-66)


Nous abordons ici le second doute se rapportant à l’élection de saint Joseph à la dignité d’Epoux de la Vierge Marie : jusqu’à quel point ses mérites personnels ont-ils contribué à lui assurer un si grand privilège ?


D’abord, il est à peine besoin de rappeler ce que nous avons déjà dit, à savoir que nous ne parlons pas ici de l’élection de saint Joseph à cette dignité, selon que ce mot élection est signe de prédestination, ou ay moins fait partie de l’acte par lequel Dieu choisit de toute éternité une personne à un certain de gloire éternelle : l’élection prise dans ce sens est entièrement gratuite et ne peut être influencée par aucune cause seconde. Il s’agit donc de l’exécution du plan divin, c’est-à-dire, des moyens choisis par Dieu pour obtenir, dans le temps, le résultat voulu.


Nous avons déjà mentionné les circonstances extérieures qui ont déterminé le choix du saint époux. Ces circonstances, avons-nous dit, étaient des prescriptions de la loi de Moïse par rapport aux contrats de mariage chez les Juifs. La stricte parenté, existant entre Marie et Joseph, fut le motif extérieur qui détermina le choix de Joseph à la dignité d’époux de Marie. Mais outre cela, il y eut un motif intérieur : ce motif fut l’insigne mérite du saint Patriarche.

Rappelons d’abord que le mérite est de deux sortes : l’un est dit de condigno, l’autre de congruo. Celui-là consiste en ce que la bonne œuvre que nous faisons procède en vertu de la motion divine, c’est-à-dire par le don de la grâce vers la fin à laquelle il est destiné, qui est la vie éternelle. De cette manière, l’homme peut mériter non seulement la béatitude finale, mais aussi l’augmentation de la grâce et jusqu’aux biens temporels, en tant que ceux-ci sont utiles pour accomplir les œuvres de vertu qui nous conduisent à la gloire. Le mérite de congruo consiste en ce que la bonne œuvre que nous faisons procède du libre arbitre, c’est-à-dire, en tant que nous l’accomplissons librement, car il est convenable que, tandis que l’homme se sert dignement de son libre arbitre, Dieu, de son côté, agisse encore plus excellemment selon son pouvoir transcendant, qui n’est autre que a bonté même.

Ces considérations nous amènent à affirmer que le glorieux saint Joseph mérita, non pas seulement de congruo, mais aussi de condigno, selon l’ordre établi par la divine Providence dans ses décrets éternels, le privilège d’être élu à la dignité d’Epoux de la très sainte Vierge et du Père putatif de Jésus-Christ. Car d’une part, ce que nous acquérons par nos propres mérites rejaillit à notre honneur plus que ce que nous recevons gratis ; d’autre part, saint Joseph, en vertu de la grâce du Saint-Esprit, put être dirigé par lui, même sans qu’il le sût, à cette insigne dignité, dont la nature ne surpassait pas la valeur de ses mérites. Nous pouvons donc conclure que c’est à ses propres mérites, comme à une cause directe et immédiate, que saint Joseph dut être choisi, de préférence à tout autre concurrent, à cette incomparable dignité, en tant que cette même dignité devait le préparer à la gloire sublime qui l’attendait au ciel.


Mais, comme nous ne devons rien avancer en théologie qui ne soit fondé sur l’Ecriture sainte ou sur l’autorité de l’Eglise, voyons maintenant si d’une source ou de l’autre nous pouvons tirer preuve en faveur de notre thèse.


Ouvrons l’Evangile de saint Matthieu, et qu’y lisons-nous : Joseph, fils de David, est-il dit, ne craignez pas de garder Marie comme votre épouse (Matthieu, 1, 20). Ces paroles de l’Ange ne supposent-elles pas, chez saint Joseph, un droit acquis par ses mérites, à la main de Marie, soir qu’il ne l’eut pas encore choisie pour son épouse, soit que, comme nous l’avons enseigné, elle habitât déjà avec lui ?


L’autorité de la sainte liturgie n’est pas moins explicite. Dans l’hymne des vêpres de saint Joseph, l’Eglise chante ces paroles : Illustre par vos mérites, vous avez été uni, par un chaste lien, à la Vierge célèbre. Les paroles de saint Bernard ne sont pas moins explicites : Il n’y a point de doute que ce Joseph auquel la Mère du Sauveur fut donnée en mariage, ne fût un homme bon et fidèle. Il fut, dis-je, ce serviteur fidèle et prudent que le Seigneur a choisi pour être la consolation de sa Mère, et le nourricier de sa chair. (Homélie II super Missus est).


8. On résout quelques objections (p.66-68)

Contre cette thèse du mérite de saint Joseph, concourant comme cause déterminante à son élection à la dignité d’Epoux de Marie et de Père putatif de Jésus, on objectera peut-être que ni les mérites du Sauveur, ni ceux de la sainte Vierge n’ont concouru, dans l’ordre de l’exécution du plan divin, à l’élection, pour Jésus, de la filiation divine, pour Marie, de la divine maternité ; et cependant les mérites de l’un et de l’autre n’étaient certainement pas inférieurs à ceux de Joseph.


Nous répondons que la raison pour laquelle saint Joseph a pu mériter et a mérité en réalité cette dignité, n’est pas que ses mérites fussent supérieurs à ceux de Jésus et de Marie ; mais à ce fait qu’il y avait proportion entre ses mérites et la dignité que Dieu lui conférait, proportion qui manque entre les mérites de Jésus et de Marie et leurs dignités respectives.


Quant à la dignité de Jésus ainsi qu’à celle de Marie, elles appartiennent intrinsèquement, comme nous l’avons dit, à l’ordre de l’Incarnation, ce qui n’est pas le cas pour la dignité de saint Joseph, qui ne surpassa pas l’ordre des choses créées, et qui par conséquent conserve une certaine proportion avec les mérites du glorieux Patriarche. La dignité de saint Joseph ne sort pas du cadre de la grâce sanctifiante, puisque la raison d’être de son élection à l’office d’Epoux de Marie et de Père nourricier de Jésus fut le fait d’être plus uni à Dieu par les liens de la charité.


Qu’on ne dise pas non plus que les saints Patriarches de l’Ancien Testament n’ont mérité que de congruo les circonstances de l’Incarnation, dont précisément fait partie la dignité de saint Joseph. La raison pour laquelle ces anciens Pères n’ont mérité ces circonstances quede congruo, est que l’objet de leur mérite, c’est-à-dire les circonstances de lieu, de temps, de personnes, ne leur appartiennent pas personnellement, tandis que la dignité de saint Joseph était son bien propre à lui : or nous savons que si un homme en état de grâce mérite pour un autre, il ne peut le faire que de congruo, tandis que pour lui-même, toute proportion gardée, il peut, selon les enseignements de la théologie, mériter de condigno.


Nous avons rappelé comment le motif qui détermina la très sainte Vierge à choisir saint Joseph pour son Epoux, fut la prescription de la loi de Moïse, qui ne lui permettait pas de s’unir en mariage avec un homme d’une autre famille. Mais il faudrait bien nous garder de voir, dans cette disposition légale, un obstacle au mérite du saint Patriarche. Nous savons que deux ou plusieurs causes d’ordres différents peuvent très bien marcher de pair dans la production d’un même effet. Dans notre cas, ces deux causes, la loi de Moïse et le mérite de saint Joseph appartiennent ç deux ordres différents mais se complètent mutuellement : la première cause est l’œuvre de l’Esprit-Saint ; la seconde, l’œuvre du saint Patriarche. (A suivre).

Références photos

FR011CFRDJ0057.jpg – Médaillon en métal argenté devant de l’autel de saint Joseph : Mariage de Joseph et de Marie - Saint-Pierre d’ORTHEZ Poids : 1 méga 15 - Copyright : CFRDJ Tranvouez.

 

FR011CFRDJ0105.jpg – Peinture murale de Jean NINGRE (1937) : Mariage de Joseph et de Marie - Chapelle de la Vierge en l’église ND de l’Assomption- GIMONT. – Poids : 3 mégas – Copyright : CFRDJ - Tranvouez

FICHE TH 19 – Chapitre troisième : Election de saint Joseph à la dignité d’époux de la bienheureuse Vierge Marie (suite)

 

5. Loi régissant l’union matrimoniale chez les Juifs (p. 60-63)

 

Ayant établi la parenté naturelle existant entre Marie et Joseph, voyons maintenant quelle était la loi qui régissait les mariages des Juifs. Cette loi se trouve enregistrée au Livre des Nombres dans le texte suivant : Voici la loi qui a été établie par le Seigneur au sujet des filles de Salphaad. Elles se marieront à qui elles voudront, pourvu que ce soit des hommes de leur tribu, afin que l’héritage des enfants d’Israël ne se confonde point, en passant d’une tribu à une autre. Car tous les hommes prendront des femmes de leur tribu et de leur famille ; et toutes les femmes prendront des maris de leur tribu, afin que les mêmes héritages demeurent toujours dans les familles, et que les tribus ne soient point mêlées les unes avec les autres, mais qu’elles demeurent toujours séparées entre elles, comme elles l’ont été par le Seigneur (Lévitique36, 6 et suiv.).

Il nous faut faire deux observations. La première est que cette loi ayant été faite pour sauvegarder la distinction des héritages chez les Hébreux, celles-là seulement, parmi les jeunes filles juives, y étaient tenues, qui étaient héritières des biens paternels, comme il appert de tout le contexte du chapitre cité et en particulier du verset septième selon le texte hébreu ; deuxièmement, ces jeunes filles héritières étaient tenues à prendre pour maris des jeunes gens non seulement de leur tribu, mais aussi de leur propre famille, comme il résulte encore du texte hébreu (cité ci-dessus). C’est là, d’ailleurs, nous dit l’Ecriture au même endroit, la règle que suivront les filles de Salphaad qui, ayant obtenu l’héritage paternel, e marièrent à des hommes de leur propre famille : ce qui fit que la possession à elles attribuée demeura dans la tribu et dans la famille de leurs pères.


On pourrait apporter à l’appui de ce que nous disons ici ces paroles du père de Sara à Tobie : Et je crois que Dieu vous a fait venir vers moi, uniquement pour que cette jeune fille se mariât dans sa parenté selon la loi de Moïse (Livre de Tobie 7,14). De graves auteurs pensent, en effet, que les sept premiers maris de Sara furent frappés de mort, précisément parce que celle-ci ne les avait pas choisis dans sa tribu et sa famille.


Mais il est temps que nous tirions la conclusion de tout ce que nous avons dit jusqu’ici par rapport au moyen établi par Dieu pour assurer l’élection de saint Joseph à l’insigne dignité d’Epoux de la très sainte Vierge. Ce moyen, disons-nous, fut leur relation de proche parenté qui, selon la loi de Moïse, les obligeait à s’unir en mariage.


Et que ce soit là le sentiment des saints Pères et des écrivains ecclésiastiques, nous en avons la preuve dans ces paroles de saint Jérôme : Joseph et Marie étaient de la même tribu : c’est pourquoi celui-là était tenu à prendre celle-ci comme proche parente ; en outre nous les voyons ensemble à Bethléem, étant nés d’une même souche (Commentaire du chapitre 1 de Matthieu). Et saint Jean Damascène : La loi prescrivait qu’aucune tribu n’allât chercher des épouses dans d’autres tribus : aussi Joseph, issu de la souche de David et étant un homme juste, n’aurait pas pris pour Epouse la sainte Vierge contre la prescription de la loi, s’il n’avait tiré son origine de même sceptre et de la même tribu, c’est pourquoi l’Evangéliste se contente de signaler l’origine de Joseph (Livre IV de la foi orthodoxe, c. 14). Ecoutons encore saint André de Crète : D’après la loi, Joseph ne devait épouser qu’une femme de sa tribu. Si donc il était de celle de Juda, et de la maison et famille de David, n’est-il pas naturel de conclure que Marie, elle aussi, appartenait à cette maison et à cette famille ? De là vient qu’on enregistre la famille de l’époux (Oratio III in nativitate B.M.).


On objectera que la famille de la très sainte Vierge était trop pauvre, pour qu’on puisse parler, dans son cas, de biens à hériter. Nous répondons que, de ce que nous disent les Evangélistes, on peut déduire que les parents de Marie, Joachim et Anne, vivaient en réalité dans la pauvreté, mais c’était une pauvreté qui n’était pas de la misère. Comme, plus tard, le divin Sauveur posséda quelque argent pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses disciples bien-aimés, ainsi pouvons-nous retenir que la divine Providence, qui n’abandonne jamais le juste et ne permet pas que ses enfants aillent mendier leur pain (Psaume26, 15), avait suffisamment pourvu aux besoins de la famille de Joachim, pour que Marie pût hériter de quelques biens paternels, pour le moins de la maison que l’on montre à Jérusalem et qu’on nomme la maison de sainte Anne, où la tradition veut que Marie soit née.

6. Marie, fille unique de ses parents (p. 63-64)

 

D’après ce que nous avons dit, on peut à peine douter que Marie fût l’unique enfant des saints époux, Joachim et Anne. Le beau mot de Fulbert de Chartres nous en donne une garantie. Heureux Joachim, dit-il, plus heureux que tous les autres pères, vous méritâtes d’être appelé l’auteur d’une si heureuse enfant ! Aussi bien, êtes-vous heureux pour avoir mérité de recueillir sous votre toit non plusieurs enfants, mais une seule jeune fille, qui devait concevoir et mettre au monde l’unique Fils de Dieu. Non, il ne convenait pas que les très saints parents de cette Vierge singulière fussent maculés par la propagation de plusieurs enfants, eux qui devaient être les soutiens et les éducateurs de l’unique Mère de Notre Seigneur (Sermon in ortu almae Virginis Mariae).


Ajoutons encore cette remarque que, si la très sainte Vierge n’avait pas été la fille unique de ses parents et l’héritière de leurs biens, il n’y aurait pas eu pour elle de motif d’entreprendre le voyage de Nazareth à Bethléem, surtout dans l’état de grossesse où elle se trouvait. Mais elle le fit, en conformité des ordres de César, qui avait commandé le recensement des familles, précisément en vue de l’enregistrement des biens familiaux sur les cadastres impériaux. Marie était donc la fille unique de Joachim et d’Anne, et il serait souverainement téméraire de lui attribuer des frères et des sœurs.


Il nous faut donc conclure que Dieu n’a pas choisi d’autres moyens de pourvoir au mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge, si ce n’est les prescriptions de la loi de Moïse, prescriptions que lui-même avait inspirées, croyons-nous, en vue de cette sainte alliance, qui devait aboutir à la naissance de son Fils bien-aimé sur la terre. Ainsi donc, les lois dictées par Moïse dans l’Ancien Testament devaient, dans ce cas encore, servir à l’accomplissement des desseins divins, par rapport aux saints parents de Jésus-Christ. (à suivre).

 

Références :

(Photo 1) FR010CFRJ0119.jpg – Vitrail (XIXs) du mariage de Joseph et de Marie en la Chapelle Saint Joseph de l’Eglise du Chêne – VILLEDIEU-la BROUERE – Poids : 1,97 méga- Copyright – CFRDJ – Tranvouez.

 

(Photo 2) – FR010CFRDJ0072.jpg - Tableau du Rétable du XVIIIème : Sainte Trinité – Anne et Joachim, Marie et Joseph – Chapelle Sainte Suzanne – MUR DE BRETAGNE. Poids : 3,89 mégas – Copyright : CFRDJ- Tranvouez.

 

 

FICHE TH 18 - Chapitre troisième : Election de saint Joseph à la dignité d’époux de la bienheureuse vierge Marie (suite) 

 

NDLR - Pour entrer dans la compréhension de cette fiche, notamment pour le point 3 ci-dessous, il est bon d’avoir ces quelques réflexions en tête. Pour la foi catholique, les  Récits de l’Enfance font partie des témoignages de Matthieu et de Luc rapportant la tradition retenue comme essentielle pour l’approche du mystère de l’Incarnation de Jésus. Les Apocryphes, ou récits à côté des Evangiles, n’ont pas été retenus comme essentiels ; et certains, respectueux de la tradition des Evangiles, peuvent donner des compléments utiles, mais pas indispensables pour lesquels il convient d’être prudent. Nous suivons l’auteur dans ses conclusions.

 

3. Hypothèse de la verge fleurie (chapitre 3, p.54-57)

Si l’hypothèse d’une révélation immédiate de la part de l’Esprit Saint pour fixer le mariage de Marie avec saint Joseph a trouvé quelque faveur parmi les historiens de la sainte famille, on peut dire que celle de la verge fleurie a eu un succès extraordinaire, non seulement parmi les fidèles, mais aussi parmi les écrivains sacrés les plus accrédités, tant est gracieuse la légende sur laquelle s’appuie cette opinion. Elle est tirée de quelques livres apocryphes, tels que le Protoévangile de saint Jacques le Mineur, l’Evangile de la nativité de la bienheureuse Vierge Marie et celui de l’Enfance du Sauveur.

 

Des écrivains de marque, tels que saint Epiphane et Eustathe d’Antioche, font allusion à cette légende qui a captivé, surtout durant ces dernières années (NDLR - fin du XIXème et début du XXème siècle), l’attention du peuple chrétien.

 

En quoi consiste la légende ?

 

Le Grand Prêtre, dit-on, désirant donner à Marie dont il connaissait l’insigne sainteté, un homme digne d’elle, qui devint son époux, ou du moins qui fût comme son gardien, s’adressa à Dieu, pour connaître la volonté du ciel, offrant en même temps de ferventes prières à cette fin. Après quoi, il aurait reçu injonction de convoquer tous les jeunes hommes nubiles de la famille de David, ordonnant à chacun de déposer leurs bâtons ou verges sur l’autel : celui dont la verge aurait fleuri, serait l’élu du Seigneur, il deviendrait l’époux de Marie ; on ajoutait qu’une colombe sortirait de la verge en signe de l’assentiment divin.

 

Tout arriva, ajoute-t-on, comme on l’avait prévu. Le seul bâton  de Joseph se trouva couvert de fleurs, et bientôt de la cime de ce même bâton on vit sortir une blanche colombe. La poésie et la peinture s’emparèrent de la pieuse légende ; mais il ne semble pas que ce dernier symbole, celui de la colombe, ait eu un grand succès dans la tradition des âges suivants.

 

Avec le temps, la crédulité populaire a brodé, autour de cette légende, un autre épisode merveilleux. Parmi ceux qui désiraient le plus ardemment la main de Marie, était Agabus, le prophète dont il est fait mention aux Actes des Apôtres (chapitre XI, 28). Se voyant évincé par Joseph, de dépit il brisa son bâton et courut se réfugier chez les Frères du Mont Carmel, où il vécut saintement, fut plus tard promu à la dignité généralice (chez les Frères), et construisit, en l’honneur de la très sante Vierge, une chapelle, qui bientôt devint le centre d’un concours pieux de fidèles.

 

Que dire maintenant de cette gracieuse et poétique légende prise dans son ensemble ? Peut-on l’accepter comme vérité historique ?

 

Non, répondons-nous, et cela pour les raisons apportées dans la discussion de l’hypothèse précédente. D’abord l’Ecriture n’a rien qui nous autorise à voir une intervention directe du ciel dans le choix d’un époux pour Marie ; d’autre part, on ne doit introduire le miracle, disions-nous (cf. le point 2 de ce chapitre – fiche TH 17), que là où les causes secondes font défaut, ou lorsqu’il s’agit d’’exciter l’admiration des hommes. Or ni l’une ni l’autre de ces raisons ne se vérifie pour cette seconde hypothèse, non plus que pour la première, celle d’une révélation particulière.

 

D’ailleurs, la source d’où cette pieuse légende est tirée, n’a rien qui la recommande à notre croyance. Ces récits apocryphes, composés par de simples fidèles pour donner  libre cours à leur imagination, ne laissent pas sans doute d’avoir quelque valeur comme témoignages de la ferveur populaire des temps où ils furent écrits, mais ils n’en sont pas moins dépouillés  de toute autorité historique ; encore leur arrive-t-il, par surcroît, d’être directement rn opposition avec les données de la théologie. D’ailleurs, les Pères de l’Eglise latine sont tous muets sur ce sujet. Que si, parmi les Pères grecs, quelques-uns, comme saint Epiphane, font mention d’une pareille légende, il est évident qu’ils l’ont empruntée aux sources apocryphes, auxquelles ils donnaient peut-être plus de poids qu’elles ne méritent en réalité.

 

Mais, demandera-t-on, si l’histoire du bâton fleuri n’est pas authentique, pourquoi l’Eglise permet-elle qu’on représente, par la peinture, et qu’on vénère, sur les autels, l’image du saint Patriarche tenant en sa main un rameau couvert de fleurs ?

 

On peut dire que l’esprit de l’Eglise, en tolérant ou en permettant cette sorte de représentation, n’est pas de donner corps soit au récit des apocryphes, soit aux pieuses imaginations des peintres et des poètes, mais plutôt de rappeler aux fidèles, sous ce symbole, le trésor de vertus dont était ornée l’âme du saint Patriarche et surtout son insigne virginité, et de proposer ces mêmes vertus à leur admiration aussi bien qu’à leur imitation. D’un autre côté, nous ne pouvons qu’adorer les voies mystérieuses de la Providence, qui a permis les inventions hardies des écrivains apocryphes pour que, sous une représentation symbolique, la sainteté virginale du père putatif de Jésus-Christ reçût de la part des fidèles, dans un siècle matérialiste comme le nôtre, les hommages qu’elle mérite.

 

 

4. La parenté de saint Joseph avec Marie, véritable motif qui détermine son élection à la dignité d’Epoux de cette Vierge toute sainte (chapitre 3, p. 57-60)

 

Venons maintenant au véritable motif qui détermina le choix de saint Joseph à l’insigne dignité d’Epoux de la Mère de Dieu. Ce motif, disons-nous, est le fait de sa propre parenté avec Marie, parenté qui selon la loi de Moïse, l’obligeait à s’unir à elle par les liens du mariage.

 

Deux choses sont ici à démontrer ; la première, le fait de la relation de proche consanguinité de Joseph avec Marie ; la seconde, l’existence d’une loi, dans le code mosaïque, prescrivant l’union matrimoniale entre personnes se trouvant dans ce cas. De cette manière, le choix de saint Joseph à cette insigne dignité se trouvait tout indiqué : il était dû non à une intervention divine immédiate, mais aux règles tracées jadis par Dieu lui-même, et promulguées par Moïse, en vue surtout, disons-le avec confiance, de cette sublime union matrimoniale qui devait unir les deux plus saintes personnes que, après Jésus, notre terre ait jamais portées.

 

D’abord on ne peut nier qu’il existât, entre Marie et Joseph, une relation de proche parenté. En effet, s’il en était autrement, les Evangélistes, saint Matthieu et saint Luc, n’auraient pas pu rattacher au saint Patriarche la généalogie du Christ né de Marie par l’opération du Saint-Esprit. Les écrivains sacrés ont cherché à expliquer, chacun à sa manière, comment ces deux Evangélistes ont pu faire descendre le Christ de saint Joseph. Nous choisissons, comme plus probable, l’opinion de saint Jean Damascène, opinion la plus autorisée et suivie par la majeure partie des commentateurs, selon laquelle saint Joseph, fils de Jacob selon la nature (secundum carnem), comme nous le lisons dans l’Evangile de saint Matthieu, aurait été en même temps, fils légal d’Héli, frère utérin de Jacob, et par ce même Héli, que l’Evangile de saint Luc nous donne comme descendant de Lévi, consanguin de Marie, fille de Joachim.

 

Citons ici les paroles du saint Docteur de Damas, dont le Bréviaire Romain a adopté le sentiment, (au troisième nocturne de la fête de saint Joachim, père de la sainte Vierge) comme le plus digne de son attention. De la souche de Nathan, fils de David, écrit-il, Lévi vint au monde. Il engendra Melchi et Panther. Panther, de son côté, engendra Barpanther, car c’est ainsi qu’il s’appelait. Barpanther engendra Joachim, et Joachim engendra la sainte Mère de Dieu. D’un autre côté, de la souche de Salomon, fils de David, Mathan eut une épouse, de laquelle il engendra Jacob (père de Joseph). Mathan étant mort, Melchi, de la tribu de Nathan, fils de Lévi et frère de Panther, prit en mariage la femme de ce même Mathan, qui était en même temps la mère de Jacob, et il engendra Héli. C’est pourquoi Jacob et Héli étaient frères utérins : celui-là, de la tribu de Salomon ; celui-ci, de la tribu de Nathan. D’autre part, Héli, qui était de la tribu de Nathan, mourut sans avoir d’enfants ; en conséquence, son frère, qui était de la tribu de Salomon, prit sa femme en mariage ; et ainsi suscitant une postérité à son frère, engendra Joseph. C’est pourquoi Joseph, selon la nature, était fils de Jacob, né de la maison de Salomon ; mais selon la loi, il était fils d’Héli, issu de Nathan (L.IV, Orthodoxa Fide, c. 15).

 

Notons, en passant, que ce qui est dit, ici, à savoir que le frère d’Héli, c’est-à-dire Jacob, prit sa femme en mariage, afin de susciter une postérité à son frère, se rapporte au droit du lévirat, dont il est dit dans le Deutéronome : Quand des frères habiteront ensemble, et l’un d’eux sera mort sans enfants, la femme du défunt, ne se mariera pas à un autre, mais le frère de son mari l’épousera et suscitera des enfants à son frère (Deutéronome XXV, 5).

 

Le lecteur nous saura gré de lui mettre sous les yeux ce tableau généalogique, qui résume clairement la pensée du saint Docteur de Damas.

 

D’après ces données, il est facile de résoudre l’apparente divergence qu’il y a entre la généalogie de saint Matthieu et celle de saint Luc. Dans celle-là, saint Joseph est inscrit comme fils de Jacob selon la nature, dans celle-ci, il apparaît comme fils légal d’Héli dont, pour se conformer à la prescription de la loi de Moïse, Jacob avait pris la femme en mariage, pour susciter une descendance à son frère.

 

Notons, en passant, l’allusion que fait saint Ambroise à cette loi du lévirat pour mettre en relief l’œuvre de  la Rédemption du genre humain, accomplie par Jésus-Christ. La stérilité, dit-il en d’autres termes, avait frappé notre premier père qui, par son péché encourut le décret de mort pour lui et pour tous ses descendants ; il appartenait à son frère, le nouvel Adam, de susciter pour lui une postérité de grâce, source de vie et de résurrection. (Ces paroles ne sont qu’un commentaire très libre de la pensée su saint Docteur dans son Exposition sur l’Evangile selon saint Luc, I III, n. 15).

 

Notons encore que certains auteurs ont cru pouvoir identifier Panther et Barpanther, dont saint Jean Damascène parle dans la série des ascendants de Jésus-Christ du côté de la sainte Vierge avec Melchi et Héli : dans ce cas, saint Joachim serait lui aussi fils de Jacob et frère de Joseph, et par conséquent l’oncle de Marie. Mais ce sont là des conjonctures qu’il est impossible de tirer au clair. (à suivre).

 

 

PHOTO:

 

Extrait d'un vitrail sur la vie de Saint Joseph : Le Mariage de Marie

et de Joseph en l'église de Doué la Fontaine (49) - copyright Tranvouez

CFRDJ.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 FICHE TH17 – CHAPITRE TROISIEME – Election de saint Joseph à la dignité d’époux de la Bienheureuse Vierge Marie ( Lépicier suite) 


  1. Ce qu’on entend ici par élection (Lépicier p. 50-52)

Dans les chapitres précédents, nous avons entretenu nos lecteurs sur le grand et profond mystère de la prédestination de saint Joseph à l’insigne dignité d’Epoux de Marie et sur les figures que, dans l’Ancien Testament, il a plu au Seigneur de susciter pour annoncer la venue de celui qui devait, sur la terre, remplir l’office de père du Verbe incarné. Il nous faut voir maintenant comment ce dessein du Très-Haut se réalisa dans le temps et quels moyens furent mis en jeu par Lui pour atteindre cette fin.


Car il y a, dans l’ordre de la Providence, à laquelle appartient tout ce qui se rapporte à la prédestination, deux choses à considérer : la première est l’ordre et la disposition des choses et des événements établis dans les conseils éternels ; la seconde est l’exécution, dans le cours des siècles, de ces mêmes conseils. Ce qui appartient aux conseils éternels est uniquement l’œuvre de Dieu. Qui, en effet, demande saint Paul, a connu la pensée du Seigneur, ou qui a été son conseiller ? (Romains, 11, 34). Au contraire, dans l’exécution de ce plan divin, les causes secondes ont une place qui leur convient, en raison de leur propre nature et selon l’ordre qu’elles ont reçu de Dieu. L’exécution de cet ordre est ce que nous appelons le gouvernement du monde.

Après avoir parlé de la prédestination de saint Joseph à la dignité d’Epoux de la très sainte Vierge et de Père putatif de Jésus, il nous faut maintenant rechercher les moyens choisis par le Saint-Esprit pour effectuer cette élection dans le temps déterminé par Dieu.


Mais, pour éviter toute équivoque dans une question si importante, et pour bien fixer l’esprit du lecteur, notons d’abord que nous prenons, dans ce chapitre, le nom d’élection dans un sens différent de celui employé dans le premier chapitre, où il était, pour ainsi dire, synonyme de prédestination. Cat la prédestination comprend, de la part de Dieu, la dilection et l’élection ; la dilection en tant que c’est en vertu de son amour infini, que Dieu choisit une personne plutôt qu’une autre à une dignité spéciale ; l’élection, en tant que ce choix ne peut s’effectuer dans le temps, qu’en suivant la marche établie par la Providence.


Or, cette marche dépend de deux causes distinctes. Il y a d’abord les événements extérieurs de ce monde avec les circonstances qui les accompagnent : événements et circonstances préparés et aménagés par Dieu pour aboutir à ses fins. Il y a, en outre, les dispositions intérieures de la personne choisie, en tant que celle-ci peut, par les actes de sa propre volonté et, conséquemment, par ses mérites, se disposer à remplir l’ordre préparé par la douce providence de notre Père céleste.


Nous avons donc deux choses à examiner dans ce chapitre : d’abord la manière dont s’effectua l’élection de saint Joseph à l’insigne dignité dont nous parlons ; deuxièmement, comment le saint Patriarche contribua, par son mérite personnel, à réaliser cette même élection.


Bien que nous n’ayons pas la prétention de présenter les considérations suivantes comme revêtues d’une certitude absolue, puisque l’autorité de l’Ecriture et de l’Eglise fait défaut, toutefois, nous aimons à rappeler au lecteur que ce que nous avançons ici nous a paru, parmi les diverses opinions, celle qui se rallie le mieux aux grands principes de la sainte théologie. Mais, d’abord, il nous faut exclue quelques opinions erronées.

   

2  Le choix de saint Joseph à la dignité d’Epoux de la Vierge Marie n’est pas dû à une révélation divine ( Lépicier p. 52-54) 

 

 

Certains auteurs, s’appuyant sur ce fait que souvent, dans l’Ancien Testament, nous voyons Dieu manifester, dans des cas d’exceptionnelle importance, sa volonté par des révélations particulières, ont imaginé que Marie, d’un côté, et saint Joseph de l’autre, arrivés à l’âge nubile et ayant adressé, indépendamment l’un de l’autre, de ferventes prières au ciel, pour savoir s’ils devaient contracter le saint engagement du mariage, reçurent, chacun de son côté, une illumination surnaturelle, leur signifiant être la volonté divine qu’ils s’unissent ensemble par les liens du mariage.

Cette opinion, toutefois, ne peut guère se soutenir, si l’on considère que ces interventions divines, bien que plus fréquentes dans l’Ancienne Loi que sous la Nouvelle, ne se recommandent qu’autant qu’on peut les juger nécessaires à obtenir une décision, que les causes secondes ne sauraient indiquer. Car, c’est là précisément que reluit davantage la sagesse de Dieu dans l’adaptation qu’Il fait des causes moyennes pour obtenir des effets même surprenants. Aussi n’est-il pas dans l’ordre de la Providence de mettre de côté ces causes secondes, excepté là où elles ne peuvent, de leur propre nature, arriver à obtenir la fin désirée, et c’est dans cet agencement de causes et d’effets que resplendit, dans toute sa beauté, l’ordre de l’univers. A cet ordre Dieu n’a pas coutume de déroger, si ce n’est quand Il veut suppléer à l’impuissance des causes secondes incapables par elles-mêmes de produire l’effet demandé, ou quand Il juge à propos d’exciter l’admiration des hommes. Or, comme nous le verrons tout à l’heure, il n’y a aucune raison d’invoquer l’intervention immédiate de la Providence dans le choix d’un époux pour Marie, Dieu ayant suffisamment pourvu, pour les besoins du cas, par la Moi de Moïse, comme on le verra bientôt. D’autre part, il n’y avait pas lieu d’exciter alors l’admiration des hommes par une révélation de ce genre, vu que le mariage de saint Joseph avec la Vierge Marie avait précisément pour but de cacher, aux yeux d’un monde incrédule, le mystère ineffable de l’Incarnation du Verbe.


Nous n’ignorons pas que certains auteurs ont cru pouvoir appuyer la thèse que nous combattons, sur ce fait que, selon l’enseignement de graves théologiens (enseignement que nous-mêmes avons fait nôtre dans notre traité sur la très sainte Vierge Marie – De Beatissima Virgine Maria P. II, c III a 3, p. 43 5ème édition ), Marie, avant de contracter le mariage avec saint Joseph, aurait été instruite surnaturellement par rapport au vœu de virginité émis par son futur époux, et cela, pour que la condition où elle s’était mise elle-même, en vouant irrévocablement à Dieu sa virginité, ne causât aucun préjudice aux droits de son conjoint. Ainsi donc, Marie reçut du Ciel, avant son mariage, l’assurance que saint Joseph était dans la même condition qu’elle, et saint Joseph pareillement connut par révélation le vœu de virginité de Marie. Rien ne s’oppose donc, dira-t-on, à ce que l’un et l’autre ait eu, au préalable, un avertissement du ciel, lui indiquant le sujet qu’il devait choisir en mariage.


Ce raisonnement, disons-nous, ne nous convainc pas pleinement.


Afin que Marie et Joseph, déjà liés formellement l’un et l’autre par le vœu de virginité, pussent licitement contracter le mariage, il était nécessaire que chacune des parties connut l’état de liberté de l’autre ; or il ne convenait, ni à l’un ni à l’autre, de s’interroger mutuellement sur ce qui était entièrement du ressort de leurs consciences respectives, d’autant plus que personne, avant eux, n’avait jamais émis un pareil vœu de perpétuelle virginité. L’unique source d’information était donc, dans ce cas, une intervention divine. Mais, pour le choix des personnes qui devaient s’unir en mariage, un autre moyen d’arriver à connaître la volonté divine existait, moyen établi par la loi de Moïse et dont nous parlerons tout à l’heure. (A suivre)


 

Photos

Mariage de Joseph et Marie –Terre cuite de Gervais II DELABARRE – 1633- en l’église Saint-Thomas – LA FLECHE (72) – Référence : FR010CFRDJ0063.jpg (poids de 2 mégas) – Copyright Tranvouez CFRDJ

 

Vitrail du mariage de Joseph et Marie – Maison DAGRANT Frères, peintres-verriers – Bordeaux – 1923, en l’église d’AIGREFEUILLE sur MAINE (44) – Référence : FR011CFRDJ0005.jpg (poids de 891Ko) – Copyright Tranvouez CFRDJ

 

FICHE TH16 – CHAPITRE SECOND – Figures et nom de saint Joseph (Lépicier –suite)

 

10. Le nom de saint Joseph ( Lépicier, p. 44-46)


Notre étude sur les symboles et figures de saint Joseph dans l’Ancien Testament nous amène spontanément à parler du nom béni et glorieux par lequel nous le désignons. Le grand Docteur de l’Eglise, saint Ambroise, fait, sur l’imposition des noms des Saints, la remarque suivante : C’est la prérogative des Saints, de recevoir de Dieu même leur nom propre (Lib II Expos.in Luc, n.3). C’est ainsi que le nom de Jésus fut révélé par l’Esprit Saint, et nous pouvons dire la même chose du nom de Marie. Aussi, n’est-ce pas sans un dessein spécial de la Providence, qu’à l’Epoux de Marie fut imposé le nom de Joseph, ce nom nous aidant, par sa signification, à mieux connaître les prérogatives du glorieux Patriarche.

En effet, le nom de Joseph signifie accroissement ; et c’est à cette signification que faisaient allusion Rachel et le Patriarche Jacob ; la première, quand, donnant à son fils le nom de Joseph, elle dit : Que le Seigneur me donne encore un autre fils (Genèse,30, 24) ; le second, lorsque, bénissant ce même Joseph, il dit : Joseph est un fils qui grandit, un fils qui grandit et qui est agréable à contempler ; les filles ont couru sur la muraille (Genèse 49,22 - Dans l’original hébreu on lit : Les jeunes filles ont couru sur la muraille ; expression poétique pour désigner des branches dont les rameaux couvrent les murailles).


Les paroles du bienheureux Albert le Grand, sont ici tout à fait à propos : La propriété et la signification du nom de Joseph, qui veut dire accroissement, convient parfaitement à l’Epoux de Marie, qui par sa mission a été placé dans un degré sublime, par rapport à lui-même, à son prochain et à Dieu ; et ceci en vertu de l’accroissement de ses vertus, de la célébrité de sa renommée, du respect et de l’amour des hommes, de sa familiarité avec la Mère de Dieu, de sa paternité divine, bien que putative (Super Missus, Quaest. XXII, par 2).


Mais c’est surtout dans le singulier développement qu’a pris le culte de saint Joseph, que se vérifie, de tous points, la signification de son nom. Quel essor, en effet, la dévotion envers le glorieux Patriarche n’a-t-elle pas pris, dans ces temps derniers ? Ne voyons-nous pas des temples érigés partout en son honneur, des associations d’hommes et de femmes surgir sous son nom sur tous les points de la terre, des écrits se multiplier pour célébrer ses louanges ? On peut même envisager, pour l’avenir, de nouveaux développements de ce culte, depuis surtout que l’Eglise a proclamé saint Josephson Patron et que nombre d’Instituts religieux se sont mis sous sa protection (Nous parlerons du culte dû à saint Joseph à la troisième partie de cet ouvrage, chapitre II). Et la piété des fidèles envers le saint Patriarche ne reste pas, nous le savons, sans récompense.


Les choses étant ainsi, faut-il s’étonner si le nom de saint Joseph, invoqué avec dévotion, possède une vertu singulière, pour exciter dans l’âme des sentiments de foi et pour chasser les tentations, vertu qui a son secret dans ce que nous pouvons appeler la consécration de cet auguste nom par l’usage qu’en ont fait, durant leur vie mortelle, le Sauveur et sa Mère, lorsqu’ils recouraient eux-mêmes à lui dans leurs nécessités. Aussi les pieux fidèles ont-ils l’habitude d’unir le nom de Joseph à ceux de Jésus et de Marie, principalement en vue d’obtenir la grâce d’une bonne mort, ou d’éviter les embûches que l’astuce du démon ne cesse de leur tendre.

 

11. Bénédictions données par Jacob à l’ancien Joseph, vérifiées dans le saint Epoux de Marie (Lépicier, p. 46-49)


Pour connaître pleinement en quoi consiste l’accroissement signifié par le nom de Joseph et dont nous avons parlé plus haut, il sera opportun de rapporter ici les paroles de bénédictions prononcées par le patriarche Jacob par rapport à son fils Joseph, et de voir comment ces bénédictions se sont vérifiées dans le cas du saint Epoux de Marie.


Dans le livre de la Genèse, nous lisons que Jacob, sur le point de mourir, après avoir, par ces mots : Les filles ont couru sur les murs (Genèse 49,22), fait allusion à la beauté spirituelle de saint Joseph, ajouta : Mais ils l’ont irrité, ils l’ont querellé, et ils lui ont porté envie, eux qui avaient des dards. Son arc s’est appuyé sur le fort ; les liens de ses bras et de ses mains ont été brisés par les mains du puissant de Jacob : de là il est sorti le pasteur, pierre d’Israël. Le Dieu de ton père sera ton soutien, et le Tout-Puissant te bénira des bénédictions célestes d’en haut, des bénédictions de l’abîme qui est en bas, des bénédictions de mamelles et de sein. Les bénédictions de ses pères jusqu’à ce que vienne le désir des collines éternelles ; qu’elles se répandent sur la tête de Joseph et sr la tête de celui qui est nazaréen entre ses frères (Genèse, 49, 23-26).


Ce discours, comme on le voit, a trois parties bien distinctes : dans la première, la vie future de saint Joseph est décrite dans ses lignes générales ; dans la seconde, les bénédictions dont il fut enrichi sont particulièrement annoncées ; dans la troisième, on rappelle l’abondance de ces bénédictions.


En premier lieu, disons-nous, nous voyons décrite, dans ce passage, la vie de l’ancien et du nouveau Joseph ; les persécutions qu’ils devaient subir, de la part d’hommes impies, et la confiance entière que l’un et l’autre mettraient dans le secours du Dieu fort, du Dieu de Jacob, qui devait leur accorder la délivrance, afin qu’ils pussent, chacun de son côté, remplir fidèlement l’office qui leur avait été confié, de nourrir et de gouverner, celui-là le peuple égyptien, celui-ci la sainte Famille.

Dans la seconde partie, le Patriarche Jacob énumère une à une les bénédictions dont l’ancien Joseph sera gratifié ; ce sont d’abord, les bénédictions du ciel, par lesquelles, il faut entendre, à la lettre, l’abondance des pluies ; en second lieu, les bénédictions de l’abîme, c’est-à-dire des sources jaillissant de la terre pour arroser et féconder les champs ; en troisième lieu, la promesse d’une postérité nombreuse. Ce sont là des bénédictions terrestres qui, dans le cas du chaste Epoux de Marie, devaient se changer en bénédictions toutes spirituelles ; bénédictions découlant de la grâce divine ; bénédictions consistant dans la possession sûre et dans la pratique assidue des vertus surnaturelles, qui devaient embellir son âme d’une manière merveilleuse ; la conception de l’Enfant céleste, à laquelle saint Joseph concourut par ses mérites, non quant à la substance, car personne n’a mérité la substance de l’Incarnation, mais quant à quelque circonstance de temps, de lieu ou de personne, selon que le Verbe voulait naître d’une Vierge unie en mariage à un homme qui n’était autre que saint Joseph lui-même.

 

Dans la troisième partie, mention est faite de l’excellence et de l’abondance des bénédictions dont nous avons parlé. Jacob y affirme que les bénédictions réservées par lui à son fils Joseph dépassent celles qu’il a lui-même reçues de ses pères, la source et la fin de ces bénédictions étant l’avènement du Christ, qui est le désir des collines éternelles, c’est-à-dire, le séparé du monde, le nazaréen ou couronné parmi ses frères. Aussi fut-il lui-même une figure très excellente du Messie, séparé du monde, et nazaréen parmi ses frères, c’est-à-dire, couronné de gloire et d’honneur parmi les enfants des hommes (L’appellation de Nazaréen, donnée ici à saint Joseph, ne doit pas s’entendre dans ce sens qu’il appartint à la secte de ce nom, le mot Nazaréen ne signifiant pas autre chose qu spécialement glorifié).


Observons enfin que ce que nous avons dit de la réalisation, en saint Joseph, des promesses de bénédiction faites par Jacob, n’empêche ces mêmes promesses de trouver leur plein et entier accomplissement dans le Sauveur du monde, que le Patriarche Jacob, mais surtout l’Esprit Sant, parlant par sa bouche, avaient principalement en vue. Comme d’ailleurs saint Joseph est celui qui a réuni le plus parfaitement toutes les qualités contenues dans ces bénédictions, rien ne s’oppose à ce que nous disions du saint Patriarche, qu’il a lui-même été la figure archétype du Sauveur, son Fils bien-aimé. Aussi, comme nous appelons Marie la bénie entre toutes les femmes, ainsi, pouvons-nous nommer saint Joseph le béni entre tous les hommes, après Jésus, son Fils putatif. (à suivre).


PHOTOS

  • Statue de saint Joseph en l’église de GUICHEN (Ille et Vilaine- 35) – Référence FR010CFRDJ0011.jpg – poids 308 Ko- Copyright : Tranvouez-CFRDJ.
  • Tableau de la Nativité provenant de la Chartreuse du Val-Dieu, en l’église Saint-Martin – LONGNY-au-PERCHE ( Orne -61) – Référence FR010CFRDJ0056.jpg – poids 260 Ko – Copyright Tranvouez –CFRDJ.

 

FICHE TH15 – CHAPITRE SECOND – Figures et nom de saint Joseph (Lépicier, suite) 

 

8. Saint Joseph préfiguré, avec Marie et Jésus, dans certains symboles de l’Ancien Testament (Lépicier, p. 41-43) 

 

Ce ne sont pas seulement des personnages insignes de l’Ancien Testament qui furent destinés par Dieu à préfigurer en eux-mêmes, les excellentes vertus de saint Joseph. On peut voir également, dans un grand nombre de choses inanimées, des images du glorieux Patriarche à côté de celles de la Bienheureuse Vierge Marie, son Epouse, et de Jésus, son divin Fils. De fait, si Marie est un paradis de délices arrosé par les fleuves de la grâce divine, et embelli par la présence de l’Arbre de la vie, c’est-à-dire de Jésus-Christ ( Genèse 2, 8 et suivant), Joseph est lui-même le gardien officiel de cet admirable jardin (Genèse 3, 24). Si Marie est la colombe retournant dans l’arche et portant un rameau d’olivier aux feuilles verdoyantes, Joseph est le Patriarche Noë, qui introduisit dans sa maison cette colombe céleste et la garda soigneusement.


Si Dieu commanda à Moïse de faire le propitiatoire d’un or très pur qui devait être placé sur l’arche du Testament (Exode 25, 17 et 26, 34), figure du Sauveur du monde, il lui ordonna également de faire des chérubins de gloire, ombrageant le propitiatoire (Hébreux, 9,5), dans lesquels nous pouvons certainement voir préfigurés Marie et Joseph qui ne cessèrent d’entourer de leurs louanges et d’une incroyable ardeur de charité leur divin fils Jésus-Christ, l’hostie de propitiation, soit dans la crèche de Bethléem, soit en Egypte, soit encore dans la maison de Nazareth. Enfin, si Marie est appelée l’arche du Testament (Apocalypse, 9, 19), destinée à contenir le Saint des Saints, Joseph est le voile très pur couvrant cette arche et ombrageant ainsi, par sa présence, le grand mystère qui venait de s’y accomplir (Exode, 30, 6).


Or donc, d’après le principe établi plus haut, nous pouvons voir, dans les choses de l’Ancien Testament autant d’images, ou de figures se rapportant au saint Patriarche, et nous dévoilant, chacune à sa manière, quelque particularité de sa vie. Et ceci ne doit pas nous étonner. N’aimons-nous pas parler des personnes qui nous sont chères ou à faire allusion à quelqu’une de leurs qualités ?  Si chacun des membres de la sainte Famille a été l’objet des complaisances de l’Esprit Saint, quoi de plus naturel que ce Dieu d’amour condescendit à parler d’eux aux hommes longtemps avant leur venue sur la terre, qu’il appelât leur attention sur Jésus et Marie d’abord, puis sur saint Joseph, uni par des liens si étroits au Fils de Dieu et à sa divine Mère ?


Aimable attention de la Providence qui voulait, dès avant l’apparition de saint Joseph sur la terre, montrer aux prophètes et, par eux, au peuple hébreu, à travers les nuages de l’avenir ; celui qui devait être reconnu comme le complément de l’Incarnation. N’est-ce pas là pour nous un motif d’unir nos voix et nos cœurs à ceux des justes de l’Ancien Testament pour louer le saint Patriarche et remercier Dieu de l’avoir donné à son Eglise, comme un miracle de sainteté et de bonté ?

 

9. Le titre de Patriarche donné à saint Joseph (Lépicier, p. 43-44).

 

Il ne sera pas inutile d’examiner ici les motifs qui ont porté le peuple chrétien à donner à saint Joseph le titre de Patriarche, titre qui convient aussi, bien que dans un degré inférieur, à certains personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament.

 

On donne le nom de Patriarche (άρχή, commencement et πατήρ, père), à un homme que l’on sait être le père d’un grand nombre de fils. Or, par le fait même que saint Joseph fut uni en mariage avec la très sainte Vierge, il s’ensuit qu’il est le père du Christ, dont saint Paul nous dit qu’il a conduit à la gloire un grand nombre de fils (Hébreux, 2, 10). Il est donc le père de Celui dont la postérité comprend tous les élus, c’est-à-dire, de Jésus-Christ, le Sauveur du monde. Aussi, conclut le docte et grand pape Benoît XIV, saint Joseph doit être appelé Patriarche, par le fait qu’il est le père putatif de Jésus-Christ, le chef de tous les élus (De Serv. Dei beatif).

 

Quant aux Pères de l’Ancien Testament, on ne peut les appeler patriarches que dans un sens restreint, c’est-à-dire, par rapport au Messie qui devait naître de leur postérité. C’est pourquoi ceux-ci furent patriarches en préparation seulement, en tant que leur postérité, c’est-à-dire le peuple juif, avait reçu la promesse que le Messie naîtrait dans leurs familles. Saint Joseph, au contraire, devint patriarche en réalité par le fait que Jésus-Christ est né d’une Vierge qui était sa véritable épouse. C’est pourquoi le titre et la gloire des anciens patriarches trouvent, d’une certaine manière, leur complément dans saint Joseph, que, pour cette raison, le peuple chrétien n’appelle pas simplement Patriarche, mais le glorieux Patriarche. Saint Joseph écrit saint Bernardin de Sienne, est la clef de l’Ancien Testament, dans laquelle la dignité de patriarcale et prophétale obtient son fruit promis ( Serm. deS. Joseph c. III).

 

Disons la même chose des Saints du Nouveau Testament, auxquels on a coutume d’attribuer le titre de Patriarche, comme sont, par exemple, saint Benoît,  saint Dominique, saint François ? Ce beau titre convient à ces personnages à cause des nombreux fils qu’ils ne cessent d’engendrer à Jésus-Christ. Toutefois, leur action est limitée à une classe de personnes, dans le cas présent, à un Ordre religieux déterminé. Saint Joseph, au contraire, revendique pour soi un droit de vraie paternité par rapport à tous les élus rachetés par son vrai fils Jésus-Christ, notre adorable Sauveur.

                                                                                                          (à suivre)

 

Photo : Vitrail : Nazareth dans l’église Notre-Dame de Miséricorde – SAINT-AFFRIQUE (12) – Références :Fr011CFRDJ0133.jpeg – Copytrigth  Tranvouez-CFRDJ.

 

 

 

FICHE TH14 CHAPITRE SECOND – Figures et nom de saint Joseph

 


6. Moïse, figure archétype de saint Joseph (Lépicier, p. 37-39)


Moïse, avons-nous dit, est présenté, par la sainte liturgie, comme étant, à côté de Jacob et de l’ancien Joseph ; une figure archétype de notre glorieux Patriarche. Voyons en quoi consiste cette ressemblance.


Parmi les prérogatives dont l’Ecriture sainte prend  motif pour louer et exalter Moïse, trois surtout s’imposent à notre attention. La première est la douceur avec laquelle il supporta patiemment les murmures du peuple à la tête dure et les fatigues d’une longue pérégrination ; la seconde, sa fidélité à observer les commandements de Dieu ; la troisième, la connaissance surnaturelle qu’il eut des choses divines. C’est précisément ce que nous lisons dans le livre des Nombres : Moïse était le plus doux de tous les hommes qui demeuraient sur la terre… Mon serviteur Moïse s’est montré très fidèle dans toute ma maison ; car je lui parle bouche à bouche et il voit le Seigneur ouvertement, et non point sous des énigmes ou des figures (Nombres, 12, 3 et suiv. et cf Hébreux, 3, 2).


Ces trois prérogatives, nous les retrouvons, et cela d’une manière excellente, en saint Joseph. D’abord, une douceur à toute épreuve. Il en donna des signes éclatants dans l’angoisse que lui causa la vue de son épouse enceinte et dans les persécutions qu’il eut à subir, notamment quand il dut fuir en Egypte pour sous traire au glaive d’Hérode, l’Enfant Jésus, Sauveur du monde.

En second lieu, nous admirons en lui sa fidélité à garder le dépôt qui lui avait été confié, chose dont l’Eglise le loue d’une manière singulière, en lui appliquant ces paroles : L’homme fidèle sera beaucoup loué, et celui qui est le gardien de son Seigneur sera glorifié (Capitule des Vêpres de la fête de saint Joseph – Proverbes 28, 2 et 27, 18). « S’il y eut jamais un dépôt qui méritât d’être appelé saint, écrit Bossuet,  et d’être ensuite gardé saintement, c’est celui que la Providence du Père éternel commet à la foi du juste Joseph ; si bien que sa maison me paraît un temple, puisqu’un Dieu y daigne habiter et s’y est mis lui-même en dépôt : et Joseph a dû être consacré pour garder ce sacré trésor. En effet, il l’a été, Chrétiens : son corps l’a été par la continence, et son âme par tous les dons de la grâce (Premier Panégyrique de saint Joseph, Depositum custodi).


Enfin, la troisième prérogative de Moïse, la science des choses surnaturelles, nous la retrouvons dans la connaissance profonde des vérités divines accordée par Dieu à saint Joseph, qui eut le bonheur d’apprendre de la bouche même du Verbe incarné les secrets de la vie spirituelle et les mystères de l’ordre de la grâce.


Aussi, est-ce avec raison qu’on applique à l’Epoux de Marie ces paroles dites, au premier sens, de Moïse : Il fut aimé de Dieu et des hommes ; sa mémoire est en bénédiction. Le Seigneur lui a montré sa gloire ; il l’a sanctifié dans sa foi et dans sa douceur et il l’a choisi entre tous les hommes (Livre du Siracide45, 1 et suiv).

 


7. David, figure archétype de saint Joseph (Lépicier p. 39-41)


Voyons maintenant quels sont les points de contact entre saint Joseph et le pieux David. Ils sont au nombre de trois : d’abord une profonde humilité, commune à tous les deux ; deuxièmement, la justice, pratiquée par l’un et par l’autre ; troisièmement, l’honneur, qui rejaillit sur tous les deux à cause de leur fils respectif.


En premier lieu, nous admirons, dans le saint roi David, une humilité très profonde, qui se manifesta dans presque toutes les circonstances de sa vie, et qui alla, une fois, jusqu’à le faire sauter devant l’arche, au grand scandale de Michol, son épouse, qui n’eut pas honte de se moquer de lui, mais s’entendit dire par David : Devant le Seigneur qui m’a choisi, je danserai et je me ferai plus vil encore que je ne suis : et je serai petit à mes propres yeux (2ème Livre des Rois, 6, 21-22). Or, n’est-ce pas aussi cette vertu qui resplendit dans saint Joseph qui, malgré son union intime avec le Verbe incarné, ne laissa pas de mener une vie très humble, entièrement cachée dans le Christ, ce qui fait que les Evangélistes ont eu à peine l’occasion de parler de lui. Ah !  c’est bien avec raison qu’on invoque saint Joseph comme le patron d’une vie humble et cachée.

Secondement, les attributs de la justice reluisent tout particulièrement dans le pieux roi David, au point que l’Esprit Saint a prononcé devant lui cet éloge : J’ai trouvé David, fils de Jessé, homme selon mon cœur, qui fera toutes mes volontés (Actes 13, 22 et 1er Livres des Rois, 13, 14). ; aussi forma-t-il le dessein de bâtir une maison au Seigneur, ce qui lui attira les louanges du prophète Nathan (2ème Livre des Rois, 7,2-3). Quant à notre Joseph, voici comment saint Bernard explique la manière dont David peut être considéré comme son archétype : Joseph est vraiment le fils de David, un fils qui n’est pas indigne de son père. Il est, dis-je, le fils de David dans toute la force du mot, non pas tant par la chair, que par la foi, par la sainteté, par la dévotion, le Seigneur l’ayant trouvé selon son cœur comme un autre David, auquel il pût confier en toute sûreté le secret très saint et inviolable de son cœur ; auquel il manifesta, comme à un autre David, les choses incertaines et occultes de sa sagesse, lui donnant de n’être pas étranger à la vérité du mystère qu’aucun des princes de ce siècle n’a connu (Homélie II super Missus est). En vérité, saint Joseph n’a omis aucune des choses qui lui avaient été confiées, servant Dieu dans la souffrance et jusque dans l’exil, et accomplissant ainsi toute justice : motif vraiment suffisant pour affirmer qu’il eut encore, en ceci, comme archétype, le saint roi David.


Troisièmement, ce fut une gloire, pour David, d’avoir comme fils, le très sage Salomon, dont il est écrit par manière de prophétie : Il bâtira une maison à mon nom, et moi j’établirai le trône de son royaume pour toujours : je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils (2ème Livre des Rois, 7, 13-14). Comment ne pas voir ici une figure de saint Joseph, pour peu que l’on réfléchisse aux paroles de l’Ange : Joseph, fils de David, ne crains point de retenir Marie comme ton Epouse ; elle enfantera un fils et toi tu l’appelleras du nom de Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés ( Matthieu 1, 20-21).


Voilà comment les quatre Patriarches, Jacob, Josep, Moïse et David, ont été les précurseurs, les figures, les archétypes du saint époux de Marie.  Les rapprochements que nous avons établis ne peuvent que porter l’âme fidèle à une plus grande dévotion envers le glorieux Patriarche, saint Joseph. (Lépicier à suivre)

 

Références photos :


Photo 1 : Statue saint Joseph et l’Enfant en l’église Saint-Pierre d’AIGRE (16) – Référence : FR011CFRDJ0001 (poids de 954 Ko) et Copyright –Tranvouez-CFRDJ


Photo 2 : Statue saint Joseph et l’Enfant dans la chapelle Saint-Joseph à AIGREFEUILLE-sur-Maine (44) –FR011CFRDJ0003 (1,93 méga) –Copyright – Tranvouez-CFRDJ

 

 

ooo00ooo

 

 


 

 

FICHE TH13 – CHAPITRE SECOND- Figures et nom de saint Joseph – (Lépicier suite)

5. Joseph, fils de Jacob, figure archétype de saint Joseph, époux de Marie
(Lépicier p. 33-37)

 


C’est une vérité, reconnue par l’Eglise, unanimement enseignée par les écrivains sacrés et profondément enracinée dans le cœur des fidèles, que l’ancien Joseph, fils du Patriarche  Jacob qui sauva l’Egypte de la famine, fut une figure archétype du chaste époux de Marie. Aussi peut-on affirmer que cette vérité appartient au trésor de la révélation. Plusieurs Pères de l’Eglise, dit Léon XIII, ont été d’avis, et la sainte liturgie elle-même le confirme, que le Joseph des temps anciens, fils du Patriarche Jacob, était une ébauche de la personne et des offices de notre Joseph, annonçant ainsi, par la splendeur de sa sainteté, la grandeur du futur gardien de la divine famille (Encyclique Quamquam pluries, 15 août 1889).

 

Voyons maintenant les nombreux points de ressemblance qui existent entre les deux Joseph.

 

D’abord, on ne peut manquer d’observer la prédilection dont l’ancien Joseph fut entouré de la part de Jacob et celle qu’eut Dieu pour le nouveau Joseph, l’Ecriture nous les montrant tous deux comme étant les objets d’un amour spécial et de bénédictions nombreuses. Citons à l’appui deux passages de la Genèse. Dans le premier, il est dit : Israël aimait Joseph plus que tous ses fils, parce qu’il l’avait engendré dans sa vieillesse, et il lui avait faire une tunique de plusieurs couleurs (Genèse 37, 3). Dans le second, nous lisons : Le Tout-Puissant te comblera des bénédictions du haut du ciel… Les bénédictions que te donne ton père surpassent celles qu’il a reçues de ses pères (Genèse 49, 25 et 26), ce qui veut dire, je te bénis, moi, plus que je n’ai été béni par mon propre père. Que ces paroles s’appliquent au glorieux Epoux de Marie, nous ne pouvons en douter ;  car sa prédestination à un office si sublime et à une dignité si grande nous force à conclure à une prédilection spéciale de la part de Dieu à son égard.

 

Un autre motif de rapprochement entre l’ancien Joseph et l’Epoux de Marie consiste en ce que l’un et l’autre furent obligés, par les sourdes menées de l’envie, à fuir en Egypte

double événement qui met en relief un grand mystère à la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le premier est la trahison de Judas, préfigurée par la conspiration des frères de l’ancien Joseph ; le second est la libération du Rédempteur du monde effectuée par la sollicitude de saint Joseph. En même temps, quel exemple de charité envers le prochain et d’amour des ennemis, ne nous donnent les deux Joseph ! Le premier, pardonnant spontanément et de tout cœur à ses frères qui l’avaient vendu, leur dit ouvertement : Ne craignez point : je vous nourrirai, vous et vos enfants (Genèse 50, 21) ; le second, portant en exil le Sauveur du monde, le conserva, pour le salut de ses persécuteurs, lui qui devait être pour eux, comme pour tous, le froment des élus (Zacharie 9, 17).


Mais c’est surtout la pratique d’une chasteté inviolable qui fait ressortir tout particulièrement la ressemblance qu’il y a entre Joseph fils de Jacob et le père putatif de Jésus-Christ. Les paroles de saint Ambroise, par rapport à l’ancien Joseph, sont vraiment remarquables : Plusieurs genres de vertu ornèrent son âme, dit-il ; mais celle qui resplendit plus particulièrement en lui est la chasteté.. Que l’on nous propose donc saint Joseph comme un miroir de chasteté ; car, dans ses mœurs et dans toutes ses actions, on voit reluire la pudeur, qui est comme une compagne de la chasteté et un reflet de la grâce (Lectio de Joseph – Patr. c. I).

 

Dans l’ancien patriarche Joseph, la chasteté se manifesta en ceci, qu’il ne craignit pas de dénoncer le crime de ses frères, et de soutenir courageusement un combat mortel contre les suggestions de l’impudique femme de Putiphar. Le nouveau Joseph, lui, fut choisi, entre tous, à la dignité d’Epoux de la Reine des Vierges ; de plus, ignorant les opérations de l’Esprit Saint en Marie, il voulut la licencier, montrant par-là combien la sainte virginité lui était à cœur : aussi, osons-nous affirmer dès maintenant, chose que nous démontrerons plus tard (Partie II, chap. 7), que saint Joseph a toujours conservé une chasteté parfaite.

 

Un autre point de ressemblance entre les deux Joseph, se trouve dans ce fait que l’un et l’autre, choisis par Dieu pour occuper des places les plus élevées, nous apparaissent

comme jouissant chacun dans un ordre différent, d’une puissance immense. L’ancien Joseph, mû par l’esprit de prophétie, avait proféré ces paroles : Je voyais en songe ma gerbe se lever et se tenir debout, tandis que les vôtres, entourant la mienne, l’adoraient… J’ai vu en songe le soleil, la lune et onze étoiles qui m’adoraient (Genèse, 37, 7 et 9). Plus tard, délivré de la prison et investi d’un grand pouvoir sur tout le peuple, il se vit proclamer par Pharaon le second de son royaume, invité à monter sur son chariot, tandis qu’un héraut ordonnait à tous de plier le genou devant lui et de le reconnaître comme chef de toute la terre d’Egypte. Or, qu’était donc une si grande autorité, sinon un symbole de la faveur illimitée dont dispose saint Joseph, à qui Jésus et Marie furent soumis sur la terre (Luc, 2, 5), et auquel la divine Providence a accordé, dans le ciel, une si grande puissance d’intercession ?

 

Mais, c’est surtout dans l’exercice de la sagesse et de la prudence, que nous trouvons des points de ressemblance remarquables entre l’ancien et le nouveau Joseph. De celui-là il est dit qu’il interpréta les songes de Pharaon par rapport aux sept vaches grasses et aux sept épis de blé pleins, et que le roi, pour ce motif, le déclara plus sage que tous ses autres devins (Genèse 41, 25 et 39). Secondement, afin de subvenir à la misère du peuple qui manquait de pain, l’ancien Joseph ordonna que le blé fût réuni dans les greniers de l’Egypte, en suite de quoi Pharaon changea son nom et l’appela, en langue égyptienne, le Sauveur du monde (Genèse 41, 45). Troisièmement, ayant fait venir en Egypte son père et ses frères, Joseph introduisit dans ce pays le culte du vrai Dieu (Genèse 45, 9).

 

Pareillement le nouveau Joseph reçut plusieurs fois des communications divines, en vue du gouvernement de la sainte Famille. De plus, pour le bien de l’humanité, fatiguée et tourmentée par une famine spirituelle causée par le péché, il conserva sain et sauf Jésus-Christ, le Sauveur du monde et le pain de nos âmes, ce qui fait dire à saint Bernardin de Sienne : C’est avec raison que saint Joseph a été annoncé dans l’ancien Patriarche du même nom, celui qui conserva le froment pour le salut des peuples. Il a cependant sur celui-ci, cet avantage, qu’il ne fournit pas seulement le pain de la vie corporelle aux Egyptiens ; mais, à tous les élus, il a assuré le pain du ciel qui donne la vie céleste, nourrissant avec le plus grand soin Jésus-Christ, le pain de nos âmes (Sermon I. De sancto Joseph, c.III). Enfin, ce ne fut pas dans la seule Egypte que saint Joseph introduisit la vraie foi, quand il se rendit dans ce pays avec le Christ, mais ce fut dans le monde entier, et cela par le fait même qu’il a nourri et préservé de la mort Jésus-Christ, le Pontife de la foi que nous professons (Lettre aux Hébreux, 3, 1).


C’est donc en toute vérité que nous pouvons appliquer à l’Epoux de Marie ces paroles du livre de la Sagesse dites de l’ancien Joseph dans le sens littéral premier ou fondamental : La Sagesse n’a pas abandonné le juste lorsqu’il fut vendu, mais elle l’a délivré des pécheurs ; elle est descendue avec lui dans la fosse, et ne l’a pas quitté dans ses chaînes (Sagesse, 10, 13 et 14).

 

Citons, pour terminer, le beau passage de saint Bernard, où il fait ressortir le parallèle entre les deux Joseph. L’ancien Joseph, dit-il,  vendu par la jalousie de ses frères et conduit en Egypte, a préfiguré la vente de Jésus-Christ ; le second, fuyant la jalousie d’Hérode, porta Jésus-Christ en Egypte. Celui-là resté fidèle à son seigneur, ne voulut pas commettre la faute dans laquelle la femme de son maître l’invitait ; celui-ci, reconnaissant son épouse comme la Mère de son seigneur, et lui-même observant la continence, la garda fidèlement. A celui-là fut donnée en songe l’intelligence des mystères ; celui-ci reçut le don de connaitre les sacrements célestes et d’y participer. Celui-là conserva le froment, non pour soi, mais pour tout le peuple ; celui-ci reçut du ciel la garde du pain divin, pour soi-même et pour tout le monde (Homilia super Missus est).(Lépicier à suivre)

 

Photos :


La première est une statue traditionnelle de saint Joseph dans l’église de SAINT-GIRONS (40). Référence FR011CFRDJ0023- (poids 1,13 méga) – Copyright- Tranvouez-CFRDJ.


La seconde est pareillement une Crèche traditionnelle dans la Chapelle Saint-Joseph de Beauvais(60). Référence : FR011CFRDJ0065 (poids de 3,25 mégas) – Copyright : A. Perrier-CFRDJ.


La troisième est le vitrail de saint Joseph, patron des Apprentis d’Auteuil au-dessus de l’autel Saint-Joseph dans la Chapelle SAINTE-THERESE – Fondation d’Auteuil (PARIS XVIème). Référence : FR011CFRDJ0063 (poids de 2,99 mégas) – Copyright : A. Perrier –CFRDJ.

 

 

ooo00ooo

 

 

 

 

FICHE TH12 CHAPITRE SECOND –Figures et  nom de saint Joseph ( LEPICIER suite)


3. Qualité principale des personnages qui ont été les types de saint Joseph (Lépicier p.30-31)


Si l’on veut maintenant savoir quelle est la qualité principale des quatre saints personnages de l’Ancien Testament que nous avons nommés et en raison de laquelle ils sont principalement les figures de saint Joseph, nous dirons que cette qualité est la foi, une foi vive et à toute épreuve, que saint Paul exalte en ces termes mémorables : C’est par la foi que Jacob mourant s’inclina profondément devant le sommet de son bâton ; c’est par la foi que Joseph mourant rappela la sortie des enfants d’Israël ; c’est par la foi que Moïse aima mieux être affligé avec le peuple de Dieu, que de retirer du péché une jouissance passagère, regardant l’opprobre du Christ comme une richesse plus grande que les trésors de l’Egypte ; car il envisageait la récompense. Et que dirai-je encore ? Car le temps me manquerait, si je parlais de David qui par la foi a conquis les royaumes (Hébreux, 11, 21 et ss).

Or, c’est précisément la foi qui reluit d’un éclat tout spécial dans la vie de saint Joseph. Le saint Patriarche, en effet, crut si fermement à la parole de Dieu, qu’aucun doute ne vint jamais traverser son esprit, même au milieu des plus grandes épreuves. Cette foi héroïque se manifesta particulièrement lorsque, ne connaissant pas encore le mystère de l’enfantement virginal, il s’aperçut que son Epouse était en état de devoir mettre au monde un fils. Ce fait, inexplicable aux yeux de la nature, ne diminua nullement en lui l’amour, le respect, la vénération qu’il avait pour Marie. Plus tard, quand il vit le Messie promis par les Prophètes, Dieu et homme tout ensemble, venir au monde avec le seul apanage de la pauvreté et, de plus, en butte aux persécutions les plus violentes, sa foi ne vacilla point. Il continua à adorer Celui que, malgré tout, il reconnaissait, dans sa profonde humilité, comme son Créateur et son Dieu, tout en étant son fils bien-aimé.


Saint Joseph se montra donc envers Marie son Epouse, et Jésus son fils, d’une fidélité à tout épreuve, fidélité dont la raison d’être était l’esprit de foi qui l’animait. Aussi cette foi mérita-t-elle d’être célébrée à l’avance, dans la foi des patriarches que nous venons de nommer, Jaco, Joseph, Moïse et David.


Mais, outre la vertu de foi, commune à ces quatre personnages, chacun d’eux s’est distingué, dans cette vie, par une vertu toute spéciale, qui est comme le sceau de sa propre personnalité. La vénération que nous portons à saint Joseph nous invite à nous attarder quelque peu, pour contempler en lui chacune de ces vertus et comprendre mieux encore comment ces anciens patriarches, dans les différents épisodes de leur vie, furent les types et figures du chaste époux de Marie.

 


4. Jacob, figure archétype de saint Joseph (Lépicier, p. 31-33)

 

Pour commencer par le Patriarche Jacob, nous lisons de lui, qu’ayant obtenu, pour sa postérité, la promesse de l’héritage paternel, il s’enfuit, sur le conseil de sa mère, en Mésopotamie, afin de se soustraire à la haine mortelle de son frère. Ainsi saint Joseph ayant reçu, pour le divin Enfant, la promesse du royaume de Dieu, s’enfuit en Egypte, sur l’avis de l’ange, pour sauver Jésus de la persécution d’Hérode.


En outre, Jacob, au milieu de son voyage, mérita de recevoir de Dieu, en songe, la promesse d’amples bénédictions et d’un prompt retour dans la terre de ses pères : Toutes les nations de la terre seront bénies en toi et dans celui qui sortira de toi. Je serai ton protecteur partout où tu iras ; je te ramènerai dans ce pays (Genèse, 28, 14-15). De même, saint Joseph, après avoir éprouvé le bienfait de la protection céleste durant son exil en Egypte, rentra, sur l’avertissement de l’ange, dans sa patrie bien-aimée.


Enfin, Jacob, dans son voyage de retour pour aller trouver son frère, fut aux prises avec l’ange qui lui adressa ces paroles : Si tu as été fort contre Dieu, combien le seras-tu davantage contre les hommes ! (Genèse 32, 28). Dans ce même ordre d’idées, la constance de saint  Joseph ne nous apparaît pas moins grande quand, au lieu de se décourager à la perspective des travaux et de dangers qu’il aurait à supporter pour le Christ, il continua courageusement à remplir sa haute et difficile mission, et cela tant qu’il plut à la volonté divine de le laisser sur la terre.

 

C’est donc à cette vertu de force et de constance, si bien manifestée par Jacob, qu’il faut attribuer principalement la ressemblance de saint Joseph avec cet ancien Patriarche, au point qu’on peut lui appliquer ces paroles dictées par l’Esprit Saint à la louange de celui-là : La Sagesse a conduit le juste par des voies droites, lorsqu’il fuyait la colère de son frère ; elle lui a montré le royaume de Dieu, lui a donné la science des saints, l’a enrichi dans ses travaux, et a fait fructifier ses labeurs. Elle l’a aidé contre ceux qui voulaient le tromper par leurs ruses, et elle l’a enrichi. Elle l’a protégé contre ses ennemis, l’a défendu contre les séducteurs et l’a engagé dans un rude combat, afin qu’il fut victorieux (Sagesse, 10, 10-12).


Saluons donc en saint Joseph la prudence de Jacob à se garantir des embûches de ses ennemis ; les effets d’une providence toute paternelle qui le conduisit dans les sentiers ardu d’une vie de continuels sacrifices ; la force d’âme qui l’empêcha de fléchir au milieu des plus grandes difficultés. (A suivre) 

 

Photo :  

Statue de saint Joseph à l’entrée du chœur en l’église de JONZAC (17). - Enregistrée sous la référence copyright CFRDJ - FR011CFRDJ0017.jpg – poids : 1,02 méga.  Contact : CFRDJ – Maison Saint-Joseph – 26400  ALLEX – Copyright : Tranvouez-CFRDJ – Frais d’envoi par courriel : 5 € ( Chèque à l’ Ordre CFRDJ).

 

 

ooo00ooo

 

Pour le premier, nous avons ces paroles des saints livres : La sagesse a conduit le juste (Jacob) par des chemins droits, lorsqu’il fuyait la colère de son frère  (Sagesse, 10, 10) ; paroles que la liturgie applique à saint Joseph (Chapitre à none, à la fête de saint Joseph, 19 mars)  ; pour le second, l’épitre de la messe pour la solennité de saint Joseph (Mercredi de la deuxième semaine après l’Octave de Pâques) et plusieurs autres passages qu’on trouve aux offices du saint Patriarche ; pour le troisième, ces paroles du livre de l’Ecclésiastique (Ecclésiastique 45, 1), citées dans l’office de saint Joseph, au chapitre à sexte : Moïse a été aimé de Dieu et des hommes, et sa mémoire est en bénédiction ; pour le quatrième, ces paroles de saint Matthieu (Matthieu 1, 20) : Joseph, fils de David, paroles qui certainement n’ont pas été mises sans réflexion, car il semble bien que l’Evangéliste, passant sous silence les autres ancêtres de Joseph, ait voulu appeler l’attention du lecteur sur celui que ses vertus ont désigné plus que tout autre, à notre vénération, car il est dans l’ordre des choses que les enfants reproduisent les qualités de leurs parents, ce que la langue latine exprime si bien par ces mots : filli patrizant.

Remarquons toutefois que, parmi ces quatre personnages, le second, c’est-à-dire l’ancien Joseph, est celui qui a le mieux fait prévoir notre saint Patriarche. Car non seulement celui-ci porte le nom du célèbre fils de Jacob, mais encore il lui ressemble davantage dans les diverses circonstances de la vie tourmentée qu’il a dû traverser : aussi devons-nous insister tout particulièrement sur ce rapprochement.

Observons en outre que, du fait que les personnages que nous venons de nommer, sont généralement regardés dans l’Eglise comme étant des types et des figures de Jésus-Christ, on ne peut tirer aucun argument contre notre thèse ; une même personne, une même chose de l’Ancien Testament pouvant à la fois, sous différents aspects, représenter plusieurs personnages ou plusieurs choses du Nouveau. Ceci ne peut faire difficulté à quiconque reconnaît, comme on doit le faire, dans l’Ecriture sainte, la pluralité du sens, non seulement mystique, mais littéral, et sait distinguer le sens littéral premier ou principal, qui est un,  du sens littéral secondaire, que nous appelons encore accommodatice, et qui peut être multiple. (Voyez notre traité De Sacra doctrina, 2,II, art.2, n.2). Dans notre cas, le fait que les personnages indiqués sont les types de Jésus-Christ, se réclame du sens littéral principal ; le fait qu’ils sont en même temps les types de saint Josep, se rapporte au sens littéral secondaire.

 

Photo : Sculpture dans l’environnement de la Maison de retraite des Pères Jésuites dite La Pairelle,  près de Namur. Beau geste affectueux !  Nous ne donnons pas de référence d’enregistrement, car le poids numérique du cliché est trop faible pour une reproduction.

 

 

ooo00ooo

 

 


 

  

FICHE TH11 – CHAPITRE SECOND – Figures et nom de saint Joseph, (LEPICIER suite)


1.     L’Ancien Testament, figure du Nouveau (Lépicier, p. 26-28) 


C’est un principe général, reconnu unanimement, sur l’autorité de saint Paul, par les écrivains ecclésiastiques, que les choses de l’Ancien Testament ont été ordonnées et disposées par Dieu pour être comme l’ombre et la figure des mystères qui devaient s’accomplir sous la nouvelle Loi (Colossiens, 2, 17). Ainsi voyons-nous le Messie et sa sainte Mère représentés par certaines personnes et certains symboles, se rapportant à eux, comme l’image se rapporte au prototype. Or, saint Joseph, avons-nous dit, fut prédestiné par Dieu pour être l’Epoux de Marie et le Père nourricier du Verbe incarné : par conséquent son rôle, dans la nouvelle disposition, est des plus marquants. Il a donc dû, lu i aussi, être annoncé et, pour ainsi dire, préfiguré ( Le mot praefigurare, de latinité ecclésiastique et consacré par la liturgie, n'a pas d'équivalent en français : aussi peut-on se permettre de le franciser dans une étude essentiellement théologique) sous la loi de Moïse, par des personnes et des choses destinées à le montrer au monde comme le futur coopérateur de la Rédemption.


Avant de développer cet important aspect de la théologie joséphite, il nous faut faire quelques observations. D’abord, trouvons-nous, dans l’Ancien Testament, des personnes et des choses destinées par Dieu pour présenter, annoncer, symboliser ou préfigurer le Patriarche saint Joseph ?


Sans doute, il serait téméraire, pour un simple fidèle, de vouloir déterminer, à son gré, quelles furent ces personnes et ces choses ; c’est l’autorité compétente à le faire. Cette autorité ne peut être que la sainte Ecriture ou l’Eglise catholique ; à défaut de la première, c’est à la seconde qu’il nous faut faire appel. Ne trouvant pas, pour le sujet qui nous occupe, de traces évidentes dans l’Ecriture sainte, nous nous tournerons vers les Pères de l’Eglise et nous interrogerons la Liturgie, prenant ce mot dans son plus large sens, en tant qu’il peut embrasser non seulement la célébration des saints mystères, mais aussi l’office divin, tel qu’on le récite dans l’Eglise Romaine.


En second lieu, en disant qu’une personne déterminée a préfiguré saint Joseph, nous ne prétendons pas assurer que tout ce qui appartient à cette personne doive se rapporter au chaste Epoux de Marie. Nous savons en effet que plusieurs, parmi les personnages de l’Ancien Testament, bien que suscités par Dieu pour représenter le futur Messie, se sont eux-mêmes rendus coupables de fautes graves. Il est bien évident que, sous cet aspect, ils ne représentaient pas le Sauveur. Observons d’ailleurs, que si la figure correspondait en tout à la réalité, elle cesserait d’être figure, et deviendrait la réalité même. C’est pourquoi, Dieu a voulu multiplier, dans différents personnages, les figures ou images archétypes du Christ, de la Vierge Mère et de saint Joseph, afin que, se complétant les unes les autres, ils nous donnent tous ensemble, par leurs perfections réunies, une plus haute idée de la personne représentée.


Notons, en troisième lieu, que l’image se rapporte à l’individu qu’elle représente, et qu’elle trouve en lui sa fin propre, sa raison d’être. Nous devons dire, en conséquence,  que les personnes de l’Ancienne Loi, suscitées par Dieu pour annoncer saint Joseph, lui étaient inférieures en sainteté, la fin étant toujours plus noble que les choses qui lui sont subordonnées.

 

2.     Types et figures de saint Joseph dans l’Ancien Testament (Lépicier, p. 28-29)


Voyons maintenant quels sont les personnages qu’une tradition respectable, ou l’autorité de la liturgie nous montrent comme ayant été les hérauts, les images et les précurseurs du glorieux Epoux de Marie Ces personnages, pour ne parler que des plus importants, sont au nombre de quatre : le Patriarche Jacob ; son fils Joseph, le sauveur de l’Egypte ; Moïse, le libérateur du peuple de Dieu, et David, roi d’Israël.



 

 

Pour le premier, nous avons ces paroles des saints livres : La sagesse a conduit le juste (Jacob) par des chemins droits, lorsqu’il fuyait la colère de son frère  (Sagesse, 10, 10) ; paroles que la liturgie applique à saint Joseph (Chapitre à none, à la fête de saint Joseph, 19 mars)  ; pour le second, l’épitre de la messe pour la solennité de saint Joseph (Mercredi de la deuxième semaine après l’Octave de Pâques) et plusieurs autres passages qu’on trouve aux offices du saint Patriarche ; pour le troisième, ces paroles du livre de l’Ecclésiastique (Ecclésiastique 45, 1), citées dans l’office de saint Joseph, au chapitre à sexte : Moïse a été aimé de Dieu et des hommes, et sa mémoire est en bénédiction ; pour le quatrième, ces paroles de saint Matthieu (Matthieu 1, 20) : Joseph, fils de David, paroles qui certainement n’ont pas été mises sans réflexion, car il semble bien que l’Evangéliste, passant sous silence les autres ancêtres de Joseph, ait voulu appeler l’attention du lecteur sur celui que ses vertus ont désigné plus que tout autre, à notre vénération, car il est dans l’ordre des choses que les enfants reproduisent les qualités de leurs parents, ce que la langue latine exprime si bien par ces mots : filli patrizant.


Remarquons toutefois que, parmi ces quatre personnages, le second, c’est-à-dire l’ancien Joseph, est celui qui a le mieux fait prévoir notre saint Patriarche. Car non seulement celui-ci porte le nom du célèbre fils de Jacob, mais encore il lui ressemble davantage dans les diverses circonstances de la vie tourmentée qu’il a dû traverser : aussi devons-nous insister tout particulièrement sur ce rapprochement.


Observons en outre que, du fait que les personnages que nous venons de nommer, sont généralement regardés dans l’Eglise comme étant des types et des figures de Jésus-Christ, on ne peut tirer aucun argument contre notre thèse ; une même personne, une même chose de l’Ancien Testament pouvant à la fois, sous différents aspects, représenter plusieurs personnages ou plusieurs choses du Nouveau. Ceci ne peut faire difficulté à quiconque reconnaît, comme on doit le faire, dans l’Ecriture sainte, la pluralité du sens, non seulement mystique, mais littéral, et sait distinguer le sens littéral premier ou principal, qui est un,  du sens littéral secondaire, que nous appelons encore accommodatice, et qui peut être multiple. (Voyez notre traité De Sacra doctrina, 2,II, art.2, n.2). Dans notre cas, le fait que les personnages indiqués sont les types de Jésus-Christ, se réclame du sens littéral principal ; le fait qu’ils sont en même temps les types de saint Josep, se rapporte au sens littéral secondaire.

 

Photo : Sculpture dans l’environnement de la Maison de retraite des Pères Jésuites dite La Pairelle,  près de Namur. Beau geste affectueux !  Nous ne donnons pas de référence d’enregistrement, car le poids numérique du cliché est trop faible pour une reproduction.

 

 

FICHE TH10 – CHAPITRE PREMIER – Prédestination de Saint Joseph

 

11.  La prédestination de saint Joseph comparée à celle des anges (Lépicier, livre cité, p. 22-23) 

            Nous avons cherché à expliquer comment saint Joseph surpasse, en grâce et en gloire, tous les Saints de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament, sans exclure les Apôtres eux-mêmes. Il nous reste à voir si l’on peut soutenir, à la lumière de la théologie, qu’il surpasse aussi, dans la gloire, les chœurs des anges, même les plus haut placés dans la suprême hiérarchie céleste.

 

            Pour résoudre cette question, il nous faut d’abord nous rappeler que la prédestination des hommes a été établie par Dieu, pour suppléer à la chute des anges ; aussi les écrivains ecclésiastiques nous disent-ils que la fin du monde n’arrivera qu’après l’apparition sur la terre du dernier des élus. Bien plus, saint Grégoire et saint Thomas nous enseignent que le premier parmi les anges rebelles fut le premier de tous les esprits célestes, le plus haut parmi les Séraphins, celui que, plusieurs anges inférieurs, appartenant à différentes hiérarchies et à différents ordres, suivirent dans sa révolte. D’où il suit que, au dernier jour, non seulement les hommes se trouveront mélangés la milice angélique, mais à la tête de tous les ordres angéliques se trouvera un être appartenant à la famille humaine.

            D’autre part, nous savons que le degré de prédestination dans la gloire doit se mesurer au degré de charité possédé durant la vie présente. Or, tant que l’homme se trouve dans l’état de voie, in statu viae, la charité peut toujours augmenter, et le moyen qui la fait croître en nous consiste dans les actes de charité d’une plus grande ferveur, que l’âme produit sous l’influence de la grâce qu’elle possède.

 

            Saint Joseph, nous l’avons dit, fut prédestiné par Dieu à un état de vie qui lui donna l’occasion de faire des progrès continuels dans la grâce divine ; de telle sorte que, non seulement il devint digne d’être choisi comme l’ Epoux de la Vierge qui devait enfanter le Sauveur, mais aussi qu’il jouit, plus que n’importe quel saint, d’un commerce familier avec le Verbe incarné, et qu’ainsi il produisit sans cesse, avec une constance inlassable, de nouveaux actes de charité.

 

            Nous pouvons donc conclure que le saint Patriarche fut prédestiné à un degré de gloire tel qu’il lui assura la place laissée vide par le premier parmi les anges rebelles, c’est-à-dire par Lucifer, lui donnant ainsi d’occuper, dans la gloire, le poste le plus élevé dans l’ordre des Séraphins. Comme d’autre part, le premier parmi les anges prévaricateurs, entraîna, par son exemple et ses exhortations, les autres à la révolte, de même saint Joseph a été prédestiné à cette gloire incomparable, afin d’aider efficacement, par son exemple et son haut patronage, les hommes appelés à la béatitude éternelle. Et c’est là le motif pour lequel le saint Patriarche a été solennellement déclaré le patron de l’Eglise universelle. (Note de l’auteur : Nous reviendrons sur ce sujet au chapitre premier de la troisième partie).

 

12. Conclusion  (Lépicier, livre cité, p. 24-25)

            Voici donc quelle a été, de toute éternité, la raison d’être de la prédestination du glorieux saint Joseph, dont le point de départ fut sa relation intime avec le Verbe incarné, dont découlent tout honneur et toute dignité, au ciel comme sur la terre. Car, de même  que le consentement de la très sainte Vierge, requis par disposition divine pour l’Incarnation du Verbe, fut le commencement de l’œuvre rédemptrice de Jésus-Christ, de même aussi le consentement de saint Joseph à son mariage avec Marie, a préparé les voies à ce grand mystère, puisqu’il était écrit dans les conseils divins que le Verbe ne devait naître que d’une Vierge unie à un homme par les liens d’un véritable mariage.

            Il est donc vrai de dire que le motif et le degré de prédestination du glorieux saint Joseph a, comme point de départ et comme cause formelle, son intime relation avec le Verbe incarné. Durant sa vie mortelle, il fut l’émule des esprits célestes, avec cette différence que, tout en jouissant de la présence immédiate de son Dieu, il put néanmoins, à l’encontre des anges, continuer à augmenter le trésor de ses mérites, jusqu’à ce qu’il atteignit le degré de gloire qui lui permit de passer avant tous les Saints et tous les Esprits bienheureux. Aussi peut-on dire de lui : Il recevra des louanges parmi la multitude des élus (Eccli, XXIV, 4), paroles que l’Eglise fait siennes, quand, s’adressant au saint Patriarche, elle lui dit : Egal aux esprits célestes dès cette vie, et même plus heureux qu’eux, vous jouissez de la présence de votre Dieu. (Hymne aux Vêpres de la fête de saint Joseph).

Arrêtons-nous à considérer cette créature privilégiée qu’est saint Joseph, prédestiné, nous pouvons le croire,  de tout éternité, à partager, à côté de son Epouse, la Mère immaculée du Sauveur, la gloire du Paradis. Car, si Marie et, après son Fils, la première parmi les prédestinés, saint Joseph est le second-né de tous les élus, enveloppé, avec Marie, des ineffables splendeurs qui rayonnent de la personne divine du Verbe incarné.

Nous nous réjouissons, ô glorieux Patriarche, du choix qu’a fait de vous le Très Haut pour une si sublime dignité. Car, tout pécheurs que nous sommes, nous osons recourir à vous avec confiance, à la pensée que nos fautes elles-mêmes ont été, en quelque sorte, le motif de votre prédestination, puisque vous avez été choisi pour être le ministre de notre salut (Hymne aux Laudes – à la solennité de saint Joseph). Soyez notre guide vers Jésus, le prince des prédestinés, et intercédez pour nous auprès de Celle qui détient la clef de toutes les grâces et que vous appelez en toute vérité votre Epouse bien-aimée.

(Ndlr : ce dernier paragraphe est une belle prière à saint Joseph).

Photo :  Peinture au plafond : Nativité : scène peinte en 2004 par Jean-Jacques Jolinon – église Saint Aignan à LUXE (16) - Enregistrée sous la référence copyright CFRDJ - FR011CFRDJ0011.jpg – poids : 2,8 mégas.  Contact : CFRDJ – Maison Saint-Joseph – 26400  ALLEX – Copyright : Tranvouez-CFRDJ – Frais d’envoi par couuriel : 5 € ( Chèque à l’ Ordre CFRDJ).

 

 

ooo00ooo

 

 


 

 

FICHE TH09 – CHAPITRE PREMIER – Prédestination de saint Joseph

 

8. Relations de saint Joseph avec Jésus-Christ  - (Lépicier,  p. 18-20)

               

Il n’est pas inutile d’insister sur ce point de la primauté de saint Joseph dans l’ordre de la prédestination à la grâce et à la gloire. Car, plus grande sera l’estime que nous aurons du saint Patriarche, plus grande aussi sera notre confiance en sa protection.

            Or, la grandeur de saint Joseph découle de trois sources : premièrement, de ses relations avec le Verbe incarné ;  secondement,  de ses relations avec la très sainte Vierge ; troisièmement, de ses relations avec l’Eglise. Arrêtons-nous à considérer cette triple couronne qui ceint le front du glorieux Patriarche.

 

            D’abord, saint Joseph a été prédestiné à remplir, par rapport au Verbe incarné, et à exercer, à son égard, un office tout à fait particulier. Il devait être le gardien autorisé de Celui qui, comme prêtre et victime tout ensemble, offrirait à Dieu le sacrifice de notre rachat, et par conséquent il devait coopérer en qualité de ministre choisi, à l’œuvre de notre rachat. C’est à lui également que Dieu avait confié la charge de disposer à l’égard de Jésus les choses et les événements temporels. Aussi, de ce double chef, personne, excepté la Vierge sainte, ne s’est approché autant que lui de la personne sacrée du Sauveur. Il était donc juste que l’œuvre rédemptrice de Jésus-Christ se déployât envers saint Joseph d’une manière d’autant plus efficace, qu’il lui était uni par des liens plus resserrés. Ainsi donc, c’est, après Marie, sur le saint Patriarche, que les fleuves de la grâce divine se sont reversés avec plus d’abondance.

            « Si les princes de la terre, écrit à ce sujet l’aimable saint François de Sales *, ont tant de soin (comme estant une chose tres importante) de donner un gouverneur qui soit des plus capables à leurs enfants, puisque Dieu pouvoit faire que le gouverneur de son Fils fust le plus accompli du monde en toutes sortes de perfections, de dignité et excellence de  la chose gouvernée, qui estoit son Fils tres glorieux, prince universel du ciel et de la terre, comment se pourroit-il faire que l’ayant peû, il ne l’ait voulu et ne l’ait fait ? Il n’y a donc nul doute que saint Joseph n’ai esté doüé de toutes les grâces et de tous les dons que méritait la charge que le Père éternel lui vouloit donner. » (Entretien XIX). 

 

9. Relations de saint Joseph avec  la très sainte Vierge - (Lépicier,  p. 20-21)

 

                Venons maintenant aux relations de saint Joseph avec la très sainte Vierge. C’est une loi naturelle que des personnes voulant, comme époux et épouse, s’unir par les liens du mariage, se ressemblent autant qu’il est possible, par les qualités de l’âme et du corps.

            C’est pourquoi celui-là seul devait, par disposition céleste, être choisi comme époux de la très sainte Vierge, qui, dans l’ordre temporel, jouissait d’une pareille noblesse et, dans l’ordre spirituel, d’une semblable sainteté. Mais, comme les œuvres de Dieu sont parfaites, il convenait que cette ressemblance continuât d’exister au-delà des limites de cette vie, et qu’elle durât au ciel pendant toute l’éternité ;  de sorte que, de même que l’Epouse ne le cède à personne dans la gloire, de même aussi l’Epoux possédât, sur tous les Saints, une primauté réelle.

Ajoutons à cela que saint Joseph était destiné à coopérer avec la très sainte Vierge dans son office de Corédemptrice du genre humain : or, c’est précisément à cause de cet office, que Marie a été prédestinée avant toutes les autres créatures. Il convenait donc que saint Joseph, lui aussi, précédât, dans l’esprit de Dieu, tous les rachetés.

            Saint François de Sales exprime encore admirablement cette pensée. « Tout ainsi comme l’on void un miroir opposé aux rayons du soleil recevoir ses rayons tres parfaitement et un autre miroir estant vis-à-vis de celui qui les reçoit, bien que le dernier miroir ne prenne ou reçoive les rayons du soleil que par reverberation, les represente pourtant si naïvement que l’on ne pourroit presque pas juger lequel c’est qui les reçoit immédiatement du Soleil… : de mesme en estoit-il de Nostre Dame, laquelle, comme un tres pur miroir opposé aux rayons du Soleil de justice, rayons qui apportoient en son âme toutes les vertus en leur perfection, perfections et vertus qui faisoient une reverberation si parfaite en saint Joseph, qui’l sembloit presque qu’il fust aussi parfait ou eust les vertus en un si haut degré, commes les avoit la glorieuse Vierge nostre Maistresse » (Entretien XIX)

 

 

10. Relations de saint Joseph avec l’Eglise  - (Lépicier,  p. 21-22)

               

            Enfin, nous avons dit que saint Joseph était prédestiné par Dieu à être le Patron de l’Eglise universelle. Or, un patron revendique pour lui-même une certaine préséance sur les sujets qu’il est censé protéger. Nous devons donc conclure que le saint Patriarche fut prédestiné de telle manière, que la prédestination des autres Saints dépendît en quelque manière de la sienne ; c’est-à-dire que sa prédestination, sous celle de Jésus-Christ et de Marie, fût en même temps le type et la cause de la prédestination de tous les autres Saints.

« Si vous comparez saint Joseph à toute l’Eglise de Jésus-Christ, observe saint Bernardin de Sienne **, n’est-il pas cet homme élu et spécial, par lequel et sur lequel le Christ a été introduit  dans le monde d’une manière régulière et honnête ? Si donc toute la sainte Eglise est redevable à la Vierge Marie pour avoir été digne de recevoir par  elle Jésus-Christ, sans aucun doute elle doit aussi à ce glorieux Patriarche une reconnaissance et une révérence toute singulière. » ( Sermo I de S. Joseph, c.III)

            Concluons donc avec le pieux et docte Gerson *** : Combien ne devons-nous pas estimer ce juste Joseph dans la gloire et dans les cieux, lui qui a été trouvé si grand sur cette terre misérable ! Sans doute, si Jésus ne mentait pas quand il a dit : Là où je suis, mon ministre aussi sera, celui-là, croyons-nous, doit être placé le plus près de lui dans les cieux, qui lui a été plus uni, plus attaché, et plus fidèle après Marie, dans son ministère sur la terre. » (Sermo in Nativitate V. M. IV consid.)

 

Notes :

  • Saint François de Sales (1567-1522) est cité dans FLORILEGE, p. 48-50

**  Saint Bernardin de Sienne (1380-1444) est cité dans FLORILEGE, p.35-36

      *** Jean Gerson (1363-1429) est cité dans FLORILEGE, p. 33-34

 

Photo : Statue extérieure de la Sainte Famille - église Saint-Hilaire (Mission 1955) à MOUILLERON-EN-PAREDS (85) - Enregistrée sous la référence copyright CFRDJ - FR011CFRDJ0012.jpg – poids : 2,5 mégas.  Contact : CFRDJ – Maison Saint-Joseph – 26400  ALLEX – Copyright : Tranvouez-CFRDJ – Frais d’envoi par couuriel : 5 € ( Chèque à l’ Ordre CFRDJ).

 

 

ooo00ooo

 

 


 

 

FICHE TH08 – CHAPITRE PREMIER Prédestination de saint Joseph

6. Supériorité de saint Joseph sur saint Jean-Baptiste – (Lépicier, ouvrage cité, p. 15-17) 

 

      D’abord, il n’est pas difficile de démontrer la supériorité de saint Joseph sur saint Jean-Baptiste dans l’ordre du mérite et de la gloire. L’Eglise exalte le Précurseur de Notre –Seigneur, et avec raison ; car, sanctifié dans le sein de sa mère, il était destiné à annoncer au monde et, pour ainsi dire, à montrer du doigt le Christ Rédempteur. Toutefois, saint Jean-Baptiste n’eut pas, comme saint Joseph, le privilège de vivre dans un commerce des plus familiers avec Jésus, et d’apprendre de sa bouche et à son école les secrets de la vie spirituelle. Il vit le Sauveur, mais de loin, l’appelant l’Agneau de Dieu ; saint Joseph, au contraire, le porta dans ses bras, l’appelant son fils et s’entendant appeler par lui du doux nom de père. Or, Jésus remplit, nous le savons, tous les devoirs de la loi naturelle, entre autres celui d’aimer ses parents plus que toute autre personne humaine. II aima donc saint Joseph d’un amour plus intense après celui qu’il portait à Marie, sa Mère ; d’autre part, l’amour de Jésus est précisément la source de toute grâce et de toute gloire.

 

Contre ce que nous venons de dire, de la prééminence de saint Joseph sur saint Jean-Baptiste, on pourrait objecter ces paroles de Notre Seigneur : En vérité, je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en a pas de plus grand que saint Jean-Baptiste (Matthieu 11, 11). Mais, si l’on examine attentivement ces paroles, à la lumière du contexte, on verra que l’intention du Sauveur n’était pas de comparer le Précurseur avec tous les hommes en général, autrement il faudrait en conclure que lui-même et sa sainte Mère fussent inférieurs à saint Jean-Baptiste. La comparaison doit donc être faite expressément avec les Prophètes de l’Ancien Testament dont Notre Seigneur parlait, en tant que ceux-ci annoncèrent le Chris futur, tandis que saint Jean-Baptiste l’annonça comme étant déjà présent, le montrant, pour ainsi dire, du doigt.

On peut dire encore que la comparaison établie par Notre Seigneur ne regardait que les vivants, et que, par conséquent, son intention n’était pas de comprendre, dans cette comparaison, les personnes déjà mortes. Il voulait nous enseigner cette grande vérité que, quelque soit la sainteté d’un homme dans cette vie, celle du dernier des élus dans la gloire l’emporte sur celle-ci, car la sainteté de cette vie peut se perdre, celle e la patrie, au contraire,  est inamissible. Notre Seigneur voulait donc dire que le dernier des élus dans la gloire, ou dans la hiérarchie céleste, passe avant les justes qui occupent la première place dans la hiérarchie terrestre. Cette interprétation se recommande des parles qui suivent : Mais celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui (Matthieu 11,11).

Est-il besoin de recourir à une autre interprétation qui semble s’autoriser du mot surrexit, dont se sert le texte sacré ? Ce mot semblerait, en effet, se rapporter à l’apparence extérieure de la mission du Précurseur, à sa sanctification dans le sein de sa mère, et aux circonstances merveilleuses qui accompagnèrent sa naissance et sa circoncision, telles que la restitution du langage à Zacharie et l’admiration des peuples (Luc 1, 63, 65,66), choses qui ne s’étaient vérifiées dans le cas d’aucun autre prophète.

Concluons donc, avec les meilleurs auteurs, que l’on ne peut tirer, des paroles de Notre Seigneur que nous venons de citer, aucun argument contre la supériorité dans la gloire, de saint Joseph sur saint Jean-Baptiste.

 

7. Supériorité de saint Joseph sur les Apôtres – ( Lépicier, ouvrage cité, p. 17-18).

            Voyons maintenant si l’on peut soutenir la thèse de la supériorité de saint Joseph sur les Apôtres, dans l’ordre de la grâce, aussi bien que dans celui de la gloire.

            Mais, d’abord, est-il permis d’établir une telle comparaison ? Saint Paul ne nous dit-il pas lui-même : Mais nous avons-nous-mêmes les prémices de l’Esprit (Romains 8, 23) ; et de nouveau : C’est en lui que nous avons la rédemption.., selon les richesses de sa grâce, qui a surabondé en nous, en toute sagesse et prudence (Ephésiesns1, 7-8) ; ce qui fait dire à saint Thomas qu’il y a témérité à comparer un saint quelconque aux Apôtres (Commentarium in Epistolam ad Ephésianos, c 1, lect 3).

            Mais, disons-le tout de suite, les paroles de saint Paul ne se rapportent pas nécessairement aux Apôtres, mais plutôt aux chrétiens auxquels il écrivait. Son but était d’exalter la condition de ces élus du Seigneur au-dessus de celle des Gentils, laissés par Dieu au milieu des ténèbres de l’idolâtrie ; il voulait également faire remarquer combien était préférable la condition des premiers fidèles à celle des Juifs qui n’avaient pas reçu des grâces aussi abondantes qu’eux.

            Que si, avec saint Thomas, on veut voir, dans ces paroles une allusion directe aux Apôtres, on pourra encore soutenir qu’elles n’attaquent en rien la primauté de grâce et de gloire de saint Joseph, celui-ci étant déjà mort quand écrivait saint Paul. Aussi la comparaison établie par lui ne pouvait, dans son intention, regarder le saint Patriarche, comme elle ne pouvait non plus regarder le cas de saint Jean-Baptiste, que cependant les auteurs sacrés s’accordent à placer au-dessus des Apôtres dans la hiérarchie céleste.

            Après ces déclarations nous pouvons, croyons-nous, aborder notre thèse, qui veut que dans l’ordre de la prédestination, saint Joseph surpasse les Apôtres eux-mêmes.

            En effet, bien que dans la hiérarchie de l’Eglise militante, les Apôtres, en vue de leur mission d’établir et de gouverner l’Eglise de Jésus-Christ, aient reçu des dons gratuits supérieurs à ceux de saint Joseph, dont la mission, avait un caractère plus humble et plus caché, toutefois la mission du saint Patriarche de veiller sur la vie du Fondateur de l’Eglise, de le nourrir et de le défendre, revêt une importance plus grande que celle de gouverner les fidèles, de prêcher et de répandre l’Evangile annoncé par le Christ. Comme, d’ailleurs, la grâce est donnée aux Saints selon la qualité de l’office auquel ils sont destinés, il faut conclure que le degré de grâce et de gloire de saint Joseph surpasse celui accordé aux Apôtres.

            Il semble bien que ce soit là la pensée du grand et aimable saint Bernard, quand il appelle le saint Patriarche, le seul coadjuteur très fidèle du grand conseil sur la terre (Homélie II, super Missus est). C’est aussi ce que pense l’Eglise quand elle l’invoque comme le ministre de notre salut (Hymne de Laudes dans la solennité des saint Joseph). Or, il est clair que la dignité de coadjuteur de la Rédemption et de ministre du salut l’emporte sur celle de fondements et princes de l’Eglise. (à suivre)

 

Photo : Statue Saint Joseph assis et Jésus- dans la chapelle saint-Joseph – AIGREFEUILLE-sur-MAINE (44). Référence FR01CFRDJ0003.jpg (1,2 méga )  copyright : Tranvouez-CFRDJ. Commande auprès de CFRDJ@aol.com ou perrier.albert@yahoo.fr au coût de 5 € à l’odre de CFRDJ – Maison Saint-Joseph – 26400 ALLEX.

 

 

ooo00ooo

 

 


 

FICHE TH07 – CHAPITRE PREMIER -  Prédestination de saint Joseph

 

4. Les attributs divins manifestés dans la prédestination de saint Joseph – (Lépicier, ouvrage cité, pp. 11-13)

 

a) C’est d’abord la Sagesse divine qui reluit d’un éclat tout particulier dans la prédestination de saint Joseph.

 

En effet, l’auteur du mystère qui surpasse davantage toutes les forces de la nature, tel qu’est le mystère de l’Incarnation, en y introduisant la personne de saint Joseph, a su soustraire ce même mystère aux yeux curieux d’un monde incrédule qui, ne sachant pas s’élever au-dessus des sens, ne voyait, dans la famille de Nazareth et dans le fils de la Vierge, rien qui surpassât la condition ordinaire des enfants des hommes. Et c’est ainsi que la parfaite connaissance de cet insigne mystère fut cachée à une génération incrédule, et réservée aux nations fidèles qui devraient surgir plus tard. C’est ainsi  encore que la divine Sagesse ménage, à ceux qui en sont dignes, la connaissance des secrets de la vie surnaturelle, connaissance dont sont privés les esprits superbes et rebelles à la grâce.

 

b ) La Justice de Dieu ne resplendit pas moins que sa Sagesse dans la prédestination de saint Joseph. Il ne s’agit pas ici de la justice commutative, qui consiste dans les achats et les ventes et autres contrats de ce genre, cette sorte de justice n’existant pas en Dieu qui n’a pas d’égal, comme il n’a pas de créancier. Il s’agit, au contraire, de la justice distributive, dite aussi légale, qui regarde la distribution des offices et des emplois selon la dignité de chacun et en harmonie avec ses mérites et ses qualités ; justice que les Ecritures appellent aussi vérité, parce qu’elle correspond exactement aux postulats de la divine Sagesse.

 

Or, comment ne pas admirer l’ordre observé par la Justice divine dans le choix de saint Joseph à l’insigne dignité de gardien de la virginité de Marie et de protecteur de la vie de Jésus ? Les deux qualités principales du saint Patriarche, une pureté incomparable et une fidélité à toute épreuve, ne le rendaient-elles pas digne de ce noble office, qui lui donnait une place de choix dans l’œuvre de la Rédemption ?

 

c) Le troisième attribut qui marque d’un sceau tout particulier les œuvres divines, la Bonté, ne devait pas manquer de reluire dans la prédestination du saint Patriarche, cet attribut qui répand a pleines mains les bienfaits célestes sur les créatures qui s’en rendent dignes.

 

C’est par la bonté que Dieu communique, d’une main libérale, ses perfections à ses créatures et qu’il pourvoit à leur indigence, en puisant dans les trésors de sa richesse infinie. Il le fait en les attirant vers Lui, comme l’aimant attire le fer, pour les faire participer aux biens dont il est la source inépuisable. Or, que de grâces la prédestination de saint Joseph n’a-t-elle pas suscitées en son âme, d’abord à cause de son étroite alliance avec la très sainte Vierge, Mère de Dieu, puis en raison de son intime amitié avec le Verbe incarné ; privilèges que lui procurait son double titre d’époux de Marie et de père nourricier de Jésus ? De cette manière, le saint Patriarche se trouvait admis, par la Bonté divine, à prendre une part active à l’œuvre par excellence, l’œuvre du rachat du genre humain.

 

d) La Puissance du Très-Haut n’est pas moins mise en lumière par la prédestination de saint Joseph, que ne l’est par la Sagesse, la Justice et Bonté divine. Cette puissance se manifeste d’autant plus que l’instrument dont elle se sert est plus faible et plus imparfait. Or, ici nous sommes en présence d’un pauvre artisan, être insignifiant aux yeux du monde, et sans aucune de ces prérogatives qui assurent le succès dans les entreprises humaines. Il ne peut vanter ni noblesse immédiate de naissance, ni faits éclatants, ni richesses fastueuses. Et cependant c’est lui qui, au sein de la famille de Nazareth, représentera la personne du Père ; c’est lui qui protégera le divin Enfant et sa sainte Mère ; c’est lui qui veillera à ce que l’ordre de la Rédemption ne soit pas entravé par l’esprit malin ou le monde incrédule. Vraiment, nous voyons reluire d’un éclat extraordinaire en saint Joseph, l’attribut  de la Puissance divine, à laquelle rien ne saurait résister.

 

Après avoir décrit la place assignée par la divine Providence au glorieux saint Joseph dans l’œuvre de l’Incarnation et son rôle dans la manifestation des attributs divins, il nous faut maintenant rechercher, autant que les données de la théologie nous permettent de le faire, la place que sa prédestination lui a assurée dans le ciel.

 

5. Saint Joseph, le premier des prédestinés dans la gloire, après la sainte Vierge. (Lépicier – ouvrage cité, pp14-15)

 

Voulant examiner la place que la prédestination de saint Joseph lui a assurée dans le ciel, nous devons bien nous garder de procéder a priori, les conseils du Très-Haut étant infiniment supérieurs à tout ce que nous connaissons. C’est donc a posteriori que nous procéderons, c’est-à-dire en partant de la considération des effets visibles pour arriver à connaître leurs causes, car une proportion doit exister entre causes et effets.

 

Considérant donc l’office insigne confié à saint Joseph dans l’œuvre de l’Incarnation, l’incomparable dignité dont il a été revêtu, les grâces abondantes qu’il a reçues de la libéralité divine, la manière dont il a rempli son rôle par rapport à Marie et à Jésus, nous estimons que, dans l’ordre de la prédestination, le saint Patriarche précède toute autre créature raisonnable, homme ou ange, et n’est surpassé que par sa sainte Epouse à laquelle la dignité de Mère de Dieu assure le premier rang après le Sauveur.

 

Cette opinion est chère à notre cœur. Elle est partagée, croyons-nous, par la plupart des théologiens de marque non moins que par les dévots clients du saint Patriarche. Toutefois, nous rappelant le mot de l’Apôtre[1] : Personne ne connaît les secrets de Dieu, excepté l’Esprit de Dieu, nous hésitons à donner cette opinion comme absolument certaine, l’Ecriture sainte étant muette sur ce sujet et l’Eglise ne s’étant pas formellement prononcée. Si cependant nous comparons saint Joseph, soit avec les saints les plus vénérés dans l’Eglise, tels que saint Jean-Baptiste et les Apôtres, soit avec les anges eux-mêmes, nous trouverons qu’il y a bien des motifs de donner au saint Patriarche la préférence sur tous les saints, aussi bien que sur tous les Esprits célestes. (à suivre)

 

 

Photo : Saint Joseph et l’Enfant – Vitrail du chœur –XIX s.  en l’église SAINT-SENOUX ( Ille et Vilaine). Référence FR010CFRDJ0006.jpg  ( 1,2 méga )  copyright : Travouez-CFRDJ. Commande auprès de CFRDJ@aol.com ou perrier.albert@yahoo.fr au coût de 5 € à l’odre de CFRDJ – Maison Saint-Joseph – 26400 ALLEX.

 

 

ooo00ooo

 

 




[1]  I Corinthiens,  2, 11

FICHE TH06 – CHAPITRE PREMIER – Prédestination de saint Joseph

 

2. Relations de saint Joseph avec l’économie de la Rédemption. (Lépicier – œuvre citée – pp 8-10)

 

Observons d’abord que la prédestination de saint Joseph à la dignité d’époux de la Mère de Dieu fut entièrement subordonnée au décret de l’Incarnation du Verbe, non pas d’une manière quelconque, mais précisément en tant que l’Incarnation était ordonnée au salut de l’Humanité.

 

De fait, selon l’enseignement de saint Thomas, qui s’accorde admirablement avec l’Ecriture Sainte et la liturgie, si l’homme n’avait pas péché, le Verbe ne se serait pas incarné. C’est pourquoi la prédestination de saint Joseph, comme celle du Christ et de sa Mère, eut pour but formel le rachat du genre humain.

 

La Rédemption ne devant s’accomplir que par le sacrifice de Jésus-Christ sur la Croix, saint Joseph fut prédestiné, d’abord pour être le témoin authentique de l’enfantement surnaturel du Sauveur, et ensuite pour devenir le gardien de la Vierge Mère et de son Fils., veillant sur eux avec une fidélité à tout épreuve et pourvoyant à leur nourriture et à leurs besoins par le travail de ses mains.

 

C’est pourquoi on peut dire que saint Joseph fut prédestiné par Dieu pour être, d’une manière spéciale, le coopérateur du Sauveur et de sa Mère dans l’œuvre de la Rédemption ; et c’est précisément l’office si sublime qui rehausse à nos yeux la dignité de notre saint Patriarche.

 

Cette pensée profonde a été si bien comprise et développée par le doux saint François de Sales, que nous ne pouvons nous empêcher de rapporter ici ses paroles : Dieu, dit-il[1], ayant destiné de toute éternité, en sa divine providence, qu’une Vierge concevroit un Fils, qui seroit Dieu et homme tout ensemble, voulut néanmoins que ceste Vierge fust mariée… ; non que saint Joseph eust contribué aucune chose pour ceste saincte et glorieuse production, sinon la seule ombre du mariage…Et si bien il n’y contribua rien du sien, il eut néantmoins une grande part en ce fruict très sainct de son Epouse sacrée ; car elle luy appartenoit et estoit plantée tout auprès de luy, comme une glorieuse palme auprès de son bien-aymé palmier, laquelle, selon l’ordre de la divine Providence, ne pouvoit et ne devoit produire, sinon sous son ombre et à son aspect : je veux dire sous l’ombre du sainct mariage qu’ils avoient contracté ensemble ; mariage qui n’estoit point selon l’ordinaire, tant pour la communication des biens extérieurs, comme pour l’union et conjonction des biens intérieurs. O quelle divine union entre nostre Dame et le glorieux sainct Joseph ! Union qui faisoit que ce bien des biens éternels,  qui est notre Seigneur, fust et appartinst à saint Joseph, ainsi qu’il appartenoit à nostre Dame (non selon la nature qu’il avoit prise dans les entrailles de nostre glorieuse Maistresse, nature qui avoit esté formée pat le saint Esprit du très pur sang de nostre Dame), ains selon la grace, laquelle le rendoit participant de tous les biens de sa chère épouse ».

 

3. Figure admirable et providentielle de saint Joseph par rapport à l’œuvre de l’Incarnation.( Lépicier- œuvre citée pp. 10-11)

 

Considérée dans sa double relation avec la très sainte Vierge et avec le Christ, la figure de saint Joseph, destinée de toute éternité dans les conseils de l’éternelle sagesse, nous apparaît comme revêtue d’une lumière incomparable.

 



[1] Entretien XIX, sur les vertus de saint Joseph. Quelques passages de ce texte sont cités dans le beau livre FLORILEGE,p. 48-49- Editions du CFRDJ.  – Maison Saint-Joseph – 26400 ALLEX.

de la Vierge Mère, il dissipera, par sa présence, les soupçons qu’aurait pu faire naître, dans l’âme des Juifs, la naissance d’un enfant en dehors des lois ordinaires du mariage. De plus, il entourera cette Vierge Immaculée de toute son affection virginale, il l’aidera dans les nécessités de la vie, il la consolera dans les peines, il sera toujours son compagnon inséparable.

 

Père nourricier du Verbe incarné, il aimera ce doux Sauveur de l’amour le plus tendre et le plus noble ; il aura soin de son existence, le nourrissant du labeur de ses mains, le protégeant de la fureur de ceux qui, à l’instigation du démon, juraient sa perte, et le conservant ainsi pour le jour de la grande immolation.

 

Il y a plus. La présence de saint Joseph dans la sainte Famille aura pour effet de soustraire aux yeux du démon le fait de l’enfantement miraculeux, en couvrant comme d’un voile ce mystère ineffable. Les esprits rebelles, nous le savons, connaissent par intuition les événements de ce monde, toutefois cette connaissance peut être limitée par Dieu, quand l’ordre de sa Providence le requiert. Dans le cas du Christ, il fallait que ces esprits superbes ignorassent le grand mystère de la conception virginale de Jésus, n’étant pas dignes de connaître le fait miraculeux de l’Incarnation ; d’ailleurs, s’ils l’avaient connu, ils auraient mis tout en œuvre pour abréger la vie mortelle du Sauveur, et l’empêcher ainsi de racheter le monde par cette plénitude de mérites et de souffrances décrétée dans les conseils divins.

 

Ainsi donc la présence de saint Joseph, dans le décret de l’Incarnation, complète admirablement le cadre des opérations divines en vue de la rédemption du genre humain.

 

Il nous faut voir maintenant comment la prédestination du saint Patriarche a servi à mettre en relief les attributs divins, ceux que Dieu met le plus en jeu pour se gagner les cœurs des hommes, c’est-à-dire, sa Sagesse, sa Justice, sa Bonté et sa Force. (à suivre)

 

 

Photo : Fuite en Egypte – Bas-relief en bois de 1768 – en l’église Saint-Nicolas (MAMERS (72). Référence : FR010CFRDJ0016.jpg (poids 3,5 méga) – copyright : Travouez-CFRDJ . Commande auprès de : CFRDJ@aol.com ou perrier.albert@yahoo.fr au coût de 5 € à l’odre de CFRDJ – Maison Saint-Joseph – 26400  ALLEX.

 

 

ooo00ooo

 

 


 

FICHE TH05 -  CHAPITRE PREMIER – Prédestination de saint Joseph – 1. Raison de la prédestination de saint Joseph ( Lépicier – œuvre cité – pp. 7-8)

 

Dieu, qui est l’Etre parfait par excellence, est aussi, pour ses créatures, la source de tout bien. Mais, comme il est infiniment sage, il distribue ses biens selon la règle que lui-même a, de toute éternité, arrêtée dans ses conseils suprêmes. Cette claire vision des événements du monde, unie à la volonté de les faire aboutir dans le temps, est ce que nous appelons la Providence ; mais quand il s’agit d’une créature raisonnable, douée du libre arbitre et destinée par Dieu à jouir de lui dans le ciel, elle s’appelle prédestination.

 

Dans le langage théologique, la prédestination, expression de la charité infinie de Dieu pour l’ange et pour l’homme, se définit, ratio transmissionis creaturae rationalis in finem vitae aeternae, ce que nous pouvons exprimer en français de cette manière : la préexistence en Dieu de l’ordre ou du plan qui règle la transmission des créatures raisonnables à cette fin spéciale qui s’appelle la vie éternelle.[1] La prédestination comprend, dans son concept formel, non seulement la gloire céleste, qui en est le terme, mais aussi tout ce qui, dans la vie d’un individu, peut y conduire.

 

Ainsi donc, comme l’élection de saint Joseph à la dignité d’époux de Marie et de Père nourricier de Jésus devait être la raison formelle de sa gloire future, il s’ensuit qu’il fut, de toute éternité, prédestiné à cette dignité, ainsi que Jésus-Christ lui-même avait été prédestiné à être le Fils de Dieu, et Marie à être la Mère du Verbe incarné. Saint Joseph aura donc parmi les élus  une place de choix à côté de la Vierge Mère, et cette place ne lui sera ravie par personne, car ce qui est établi dans les conseils divins ne peut être frustré. L’ordre de la prédestination ne souffre pas de changement.

 

Ceci étant établi, il nous faut maintenant rechercher quelles relations cette prédestination de saint Joseph a créées entre lui et l’économie de la Rédemption. (A suivre…)

 

[1]  Th Pègues, OP, Commentaire français littéral de la Somme Théologique : I, p. 348.

 

 

ooo00ooo

 

 




 

 

Fiche TH04 - Introduction à la Première partie de l’ouvrage du Cardinal Lépicier : SAINT JOSEPH, Epoux de la Très Sainte Vierge – (voir Table des matières - pages 3-6).

   

SAINT JOSEPH CONSIDERE PAR RAPPORT A DIEU

 

INTRODUCTION

                                               Israël aimait Joseph plus que tous ses

                                                          autres fils (Genèse XXVII, 3)

1.-  Place de saint Joseph dans l’ordre de l’Incarnation

 

Pour arriver à se faire une idée des grandeurs de saint Joseph, il faut commencer par connaître la place qui lui appartient dans l’ordre de l’Incarnation. Car l’Incarnation est la première et la plus parfaite des œuvres divines, dans laquelle se reflètent, comme dans un océan de beauté, les attributs de Dieu : sa sagesse, sa justice, sa puissance et sa bonté. Aussi l’Incarnation est-elle la mesure de toute vraie gloire et de toute noblesse. Plus une créature se rapproche du Verbe incarné, plus est élevée la grâce qu’elle occupe dans l’ordre du monde spirituel.

Or, une personne peut appartenir à l’ordre de l’Incarnation de deux manières : intrinsèquement et extrinsèquement. Intrinsèquement, soit en réalisant en soi la substance même de l’Incarnation, soit en coopérant à la réalisation de cet auguste mystère. Le Christ, Notre Seigneur, par le fait même de l’union hypostatique, réalise en lui ce chef d’œuvre ineffable, étant, dans l’unité de personne, Dieu et homme tout ensemble. Il appartient donc intrinsèquement et substantiellement à l’ordre de l’Incarnation. Il est en lui-même la raison d’être. La très sainte Vierge, sa Mère, appartient, elle aussi, intrinsèquement à cet ordre, non pas d’une manière substantielle, comme son Fils, mais par sa coopération réelle et vitale, ayant fourni, sous l’action du Saint-Esprit, son sang virginal pour former le corps du Verbe incarné.

 

A cet ordre de l’Incarnation appartiennent extrinsèquement tous ceux qui ont contribué à mettre en relief ce mystère incomparable. Ce sont d’abord les Prophètes, les Apôtres et les Evangélistes, qui ont annoncé la venue du Christ ou qui l’ont prêchée aux Gentils ; les martyrs qui ont versé leur sang en témoignage de sa divinité ; les ministres du Nouveau Testament, qui, par les sacrements de l’Eglise, continuent sa mission rédemptrice ; enfin les fidèles, qui s’efforcent de reproduire en eux-mêmes l’image admirable de l’Homme-Dieu.

 

Cependant, au-dessus de tous ces personnages, il en est un qui, par la mission toute spéciale qui lui fut confiée, se rattache plus intimement encore, bien que toujours d’une manière extrinsèque, au grand mystère de l’Incarnation. C’est saint Joseph, cet homme choisi par Dieu pour être l’Epoux de la Vierge Marie, de Celle qui, dans les desseins du ciel, ne devait concevoir le Verbe, qu’en tant qu’elle serait unie, par les liens d’un véritable mariage, à cet auguste Patriarche.

 

Voilà donc la place qu’occupe saint Joseph dans l’œuvre de l’Incarnation, place unique après celle de la très sainte Vierge, son Epouse. Or, comme l’union légitime de l’homme et de la femme, telle que Dieu l’a voulue dès le principe quand il donna au mariage sa sanction divine, établit entre les deux  une relation de parenté la plus étroite qui puisse exister, il s’ensuit que saint Joseph est en quelque sorte admis à participer aux privilèges attachés à la dignité de la Mère de Dieu. C’est pourquoi, bien que cette coopération de saint Joseph à l’œuvre de l’Incarnation ne soit pas intrinsèque, comme celle de la Vierge Mère, elle ne cesse pas néanmoins d’être le fondement et la raison d’être de toutes ses prérogatives.

 

Ceci étant, notre premier soin, dans notre étude sur le glorieux Patriarche, sera d’examiner ses relations avec Marie, son épouse, et conséquemment avec Jésus-Christ, le vrai fils de Marie

2. – Ordre à suivre dans cette première partie.

 

            Mais comme tout ce qui arrive dans le temps a été établi dans les conseils de la divine sagesse qui dispose toutes choses avec force et suavité, il nous faudra tout d’abord commencer par parler du mystère de la prédestination du glorieux Patriarche à la dignité d’époux de Marie et du père nourricier de Jésus. Nous examinerons ensuite les figures et les prophéties de l’Ancien Testament qui le regardent, et la manière dont s’est réalisée, dans le temps, son élection à cette haute dignité. Ceci nous ouvrira la voie pour traiter du mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge et des relations que ce mariage établit, d’une part, entre lui et la très sainte Vierge, de l’autre, entre Jésus-Christ, notre Sauveur, et le glorieux Patriarche.

 

3. – Avertissement

 

Auparavant, cependant, il est utile d’avertir le lecteur du devoir qui nous incombe de nous tenir à égale distance d’une exagération inconsidérée, et d’une sévérité outrée. Malheureusement, ces deux excès se rencontrent assez souvent quand il s’agit de disserter sur les privilèges de saint Joseph. Les uns, poussés par un zèle aveugle, ne se font aucun scrupule d’attribuer à l’Epoux de Marie tout ce qui leur vient à l’esprit, pourvu que cela serve à le glorifier. Cette méthode est facile, car elle se soucie peu d’étudier la théologie ou d’interroger la tradition. Les autres ont peur de froisser les prudes oreilles de certains savants à l’esprit trop sceptique, en proclamant tout haut les privilèges singuliers dont il a plu à Dieu d’enrichir, en vue de la haute mission qui lui était confiée, l’âme du glorieux Patriarche.

 

Notre devoir sera d’un côté, de ne rien avancer qui ne soit appuyé sur de solides bases d’autorité ou de raison ; d’un autre, de ne rien soustraire à ce trésor de prérogatives, que la main du Très-Haut a versées avec tant d’abondance sur la personne si aimable et si attirante de celui qui fut en même temps le chaste Epoux de la Reine des vierges et le fidèle gardien de notre Sauveur. .

 

 

4.– Fruit de cette étude

Il est souverainement utile d’approfondir la théologie de saint Joseph, car c’est là le moyen le plus efficace pour augmenter dans l’âme cette belle et si utile dévotion. En effet, saint Joseph semble avoir été élu, dans les desseins de la  Providence, pour soutenir les fidèles dans les angoisses de la vie et les initier, au milieu des épreuves de l’exil, et par ces mêmes épreuves, aux secrets de la vie spirituelle.

 

Les considérations que soulève cette étude, et par conséquent la dévotion qui en découle, s’adressent à tous les chrétiens : aux contemplatifs, qu’elle stimule dans la voie de la perfection ; aux apôtres, à qui elle donne  un moyen très efficace de sauver les pécheurs ; aux jeunes gens, qu’elle préserve des dangers d’un monde corrompu ; aux époux, qu’elle unit dans la pratique d’une plus haute vertu ; aux pauvres, qu’elle console et qu’elle encourage ; aux mourants, qu’elle fortifie dans l’heure suprême du passage de cette vie à l’éternité. Ces heureux résultats sont un puissant motif pour nous faire désirer une plus grande diffusion de la théologie joséphite.

 

 

ooo00ooo

 

 


 

 

Fiche TH03 – Première de l’ouvrage et Préface de l’auteur, le Cardinal Lépicier.

 

 

 

        SAINT JOSEPH

 

EPOUX DE LA TRES SAINTE VIERGE

 

                                 TRAITE  THEOLOGIQUE

 

                                                       Par

 

                    Son Eminence Alexis Henri M. LEPICIER, O.S.M.

                         Cardinal-Prêtre du titre de Sainte-Suzanne

 

 

                                        « Saint Joseph ayant été uni à la Bienheureuse

                                          Vierge par le lien conjugal, il n’est pas douteux

                                          qu’il n’ait approché, plus que personne, de cette

                                         dignité suréminente, par laquelle la Mère de Dieu

                                        surpasse de si haut toutes les natures créées ».

                                        (Léon XIII, Lettre-Encyclique du 15 août 1889)

 

 

 

 

 

                                               PARIS (VIème)

 

                                 P.LETHIELLEUX, LIBRAIRE-EDITEUR

                                               10 rue Cassette

 

                                                      (1932)

 

 

 

                                               PREFACE

 

         Au cours de notre enseignement au Collège Romain de la Propagande, nous avons inclus, dans la publication de nos traités théologiques en langue latine, un ouvrage sur le glorieux saint Joseph à côté de celui que nous avions écrit sur la très sainte Vierge. Il nous semblait que l’un et l’autre, les deux plus grandes de l’humanité après Jésus, étaient trop peu connus, même du clergé ; et cependant, par la place qu’ils occupent dans l’œuvre de la Rédemption, et par le rôle si important qu’ils jouent, aujourd’hui surtout, dans les destinées de l’Eglise, ils mérient une place d’honneur dans les études ecclésiastiques.

 

            D’un autre côté, il nous paraissait d’autant plus opportun d’inculquer, chez les prêtres, la nécessité d’une étude sérieuse et approfondie des grandeurs, des priviléges et de la puissance des saints Epoux, Marie et Joseph, que orateurs et catéchistes sont très souvent appelés, en raison de leur ministère, à parler aux fidèles soit de la Mère de Dieu, soit du saint Patriarche. A moins donc de s’en tenir à de vagues assertions, relevant plutôt de l’imagination que de la réalité théologique et où l’à peu près coudoie l’erreur manifeste, il importe au suprême degré d’étudier à fond la théologie mariale et joséphite.

            C’est donc pour faciliter ce travail à nos confrères dans le sacerdoce, que nous avons cru bon de publier ces deux ouvrages, fruits de longues études et de laborieuses recherches.

 

            Pour ce qui est, en particulier, du traité sur saint Joseph, l’utilité d’une telle étude a été tellement reconnue, que l’on nous a demandé de présenter en lange française, pour l’avantage des personnes peu accoutumées au latin, les doctrines contenues dans ce même traité.

 

            Les occupations inhérentes à la nouvelle dignité qu’il a plu à notre saint Père le Pape Pie XI de nous conférer nous laissent assurément peu de loisirs ; toutefois nous avons cru ne pouvoir mieux employer les moments laissés libres par les vacances des Congrégations Romaines, qu’en rédigeant, en notre langue, un nouvel ouvrage, plus court et pus à la portée des fidèles, et dans lequel nous avons cherché à condenser le fruit de nos études sur le glorieux Patriarche. C’est cet ouvrage que nous présentons ici à nos chers compatriotes. Ce n’est pas une traduction du traité latin : c’en est plutôt une adaptation à l’usage du public français d’une certaine culture. Il contient toute la doctrine et toute la substance du premier ouvrage ; mais nous avons omis, par souci de brièveté, les nombreuses citations, comme aussi la copieuse bibliographie et la table analytique dont l’ouvrage latin est enrichi et auxquelles pourront recourir ceux qui désirent plus ample information.

 

            Nous déposons cet ouvrage aux pieds du glorieux Patriarche, en exprimant le vœu que ces pages, fruit d’un travail inspiré et conduit par l‘amour, contribuent à faire connaître davatage le saint Epoux de Marie et à le faire invoquer avec confiance. «Nous jugeons très utile, écrivait Léon XIII, que le peuple chrétien s’habitue à invoquer avec une grande piété et une grande confiance, en même temps que la Vierge Mère de Dieu, son très chaste Epoux, le bienheureux Joseph, et nous avons des raisons de croire que cela est, pour la Vierge elle-même, chose aussi désirée qu’ele lui est agréable»[1].

 

                                                                       Rome, le 10 février 1932



[1]  Encyclique Quanquam pluries, 15 août 1889.

 

 

ooo00ooo

 

 


 

 

Fiche TH02 -  Table des matières du traité théologique sur saint Joseph, par le Cardinal Lépicier.

 

Cette table des matières concerne la première partie de l’ouvrage qui a son sens en elle-même avec  son titre : Saint Joseph considéré par rapport à Dieu. Chaque fiche correspondra approximativement à un des points de cette table des matières.

           

Préface                                                                                                                                v- vii

 

                                               PREMIERE PARTIE

 

SAINT JOSEPH CONSIDERE PAR RAPPORT A DIEU

 

                                               Introduction                                                                            pages

1. Place de saint Joseph dans l’ordre de l’Incarnation                             3                                                                            

2. Ordre à suivre dans cette première partie                                           5                                                                    

3. Avertissement                                                                                  5                                                                                                                                                                                       

4. Fruit  de cette étude                                                                          6                                                                                                                  

 

CHAPITRE PREMIER -   Prédestination de saint Joseph

 

1. Raison de la prédestination de Saint Joseph                                       7                                                                

2. Relation de saint Joseph avec l’économie de la Rédemption                8                                        

3. Figure admirable et providentielle de saint Joseph par

rapport à l’œuvre  de l'incarnation                                                       10                                                                                                                       

4. Les attributs divins manifestés dans la prédestination de saint Joseph                                                                                              11       

 

5. Saint Joseph le premier des prédestinés dans la gloire, après la sainte Vierge                                                                                              14                                                                                               

 

6. Supériorité de saint Joseph sur saint Jean-Baptiste                          15                                                  

7. Supériorité de saint Joseph sur les Apôtres                                      17                                                                 

8. Relations de saint Joseph avec Jésus  Christ                                    18                                                                

9. Relations de saint Joseph avec la très Sainte Vièrge                         20                                             

10. Relations de saint Joseph avec l’Eglise                                           21                                                                    

11. La Prédestination de saint Joseph comparée à celle des anges       22                                            

12. Conclusion                                                                                  24                                                                                                                                                                                                

CHAPITRE II – Figures et noms de saint Joseph

 

1. L’Ancien Testament, figure du Nouveau                                            26                                              

2. Types et figures de saint Joseph dans l’Ancien Testament                 28                      

3. Qualité principales des personnages qui ont été les types

de saint Joseph                                                                                  30           

4. Jacob, figure archétype de saint Joseph                                         31                                                                    

5. Joseph, fils de Jacob, figure archétype de saint Joseph,

époux de Marie                                                                                  33

 

6. Moïse, archétype de saint Joseph                                                   37                                                                             

7. David, figure archétype de saint Joseph                                           39                                                                   

8. Saint Joseph, préfiguré avec Marie et Jésus,

dans certains symboles de l’Ancien Testament                                     41

 

9. Le titre de Patriarche, donné à saint Joseph                                     43                                     

10. Le nom de saint Joseph                                                                44

 

. Bénédictions données par Jacob à l’ancien Joseph,

vérifiées dans le saint Epoux de Marie                                                 46

 

CHAPITRE III – Election de saint Joseph à la dignité d’Epoux de la Bienheureuse

                      Vierge Marie

 

1. Ce qu’on entend ici par élection                                                      50                                                                               

2. Le choix de saint Joseph à la dignité d’Epoux de la

Vierge Marie n’est pas du à une révélation                                           52                                                          

 

3. Hypothèse de la verge fleurie                                                          54                                                                           

4. La parenté de saint Joseph avec Marie, véritable motif

qui détermina son  Élection à la dignité d'’Epoux de cette

Vierge toute sainte                                                                             57

 

5. Loi régissant l’union matrimoniale chez les Juifs                              60                                 

6. Marie fille unique de ses parents                                                     64                                                               

7. Mérite personnel de saint Joseph par rapport à son élection

à la dignité d’ Epoux de la Vierge Marie                                               65                                                                      

8. On résout quelques objections                                                         66                                                                    

9. Le mérite de saint Joseph par rapport à celui de ses frères               68                     

10 Question                                                                                       69                                                                                                                                                                                              

11. Choix de saint Joseph à la dignité d’Epoux de la Vierge Marie,

      dû à ses mérites                                                                           70

 

12. Conclusion                                                                                   71                                                                                                            

 

CHAPITRE IV Le mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge

 

1.  Le fait du mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge, principe et

raison d’être de toutes ses grandeurs                                             77

 

2.  En quoi consiste l’essence du mariage                                           73                                                               

3. Biens du mariage dans les personnes qui professent

la chasteté perpétuelle                                                                       74        

 

4. Erreurs touchant le mariage de saint Joseph avec

la Très Sainte Vierge                                                                          76

 

5. Preuves de l’Ecriture en faveur du mariage de saint Joseph avec la très

    Sainte Vierge. I – Texte de saint Matthieu                                         77                                                 

6. II – Noms de Mari donné à saint Joseph et de Femme,

donné à Marie                                                                                    79

 

7. III – Appellation de Père de Jésus-Christ donnée

par l’Ecriture à saint Joseph                                                                81

 

8. IV – Office de père attribué à saint Joseph                                      83                                          

9. La Tradition ecclésiastique                                                              84                                                                                  

10. Difficultés tirées de certains Pères                                                 85                                                     

11. Raisons de convenance                                                                86                                                                                      

12. On résout quelques difficultés                                                        89                                                                

13. A quelle époque saint Joseph s’unit-il en mariage

à la très sainte Vierge ?                                                                      91

 

14. Deux conséquences du mariage de saint Joseph avec

la très sainte Vierge,                                                                           93

 

15. Saint Joseph a-t-il reçu le sacrement de mariage ?                         95                                

16. Raison du retard apporté à une plus ample connaissance

du mariage de  Marie avec saint  Joseph                                             96                                                                      

17. L’union des saints époux Joseph et Marie est, pour les personnes

      mariées, un encouragement à mener une vie pure et sainte             97                  

18. Belles paroles de Léon XIII au sujet du mariage

de saint Joseph avec la sainte Vierge                                                  97                                                      

 

CHAPITRE V -  Relations de saint Joseph avec la très sainte Vierge

 

1.Conséquences du mariage de saint Joseph avec

la Vierge Marie                                                                                  99

 

2. Union de corps et d’âme entre saint Joseph et Marie                         99                                 

3. Devoirs de saint Joseph envers la très sainte Vierge                       101                              

4. Fausses opinions touchant la présence de saint Joseph

dans la sainte Famille                                                                       104

 

5. Saint Joseph a-t-il accompagné la sainte Vierge dans le

voyage qu’elle fit, Immédiatement après l’Annonciation,

pour visiter sa cousine Elisabeth ?                                                     105

 

6. Angoisse de saint Joseph                                                              106                                                                

7. Opinions entièrement erronées                                                      108                                                           

8. Conduite de saint Joseph en cette circonstance                              109                                  

9. Quel fut le genre de vision dont fut gratifié saint Joseph ?                110                         

10. De quelle manière Marie fut-elle soumise à saint Joseph

durant sa vie mortelle                                                                        111

                                                                                                                 

11. Marie, avant l’Incarnation, fut tenue à obéir à saint Joseph            113                      

12. Marie, devenue Mère de Dieu, ne fut plus tenue

en droit à obéir à saint Joseph                                                          115                                                                                      

13. Soumission volontaire de Marie à saint Joseph                             116                                       

14. Place de saint Joseph dans la sainte Famille

après l’Incarnation                                                                           116         

 

CHAPITRE VI -    Relations de saint Joseph avec le Verbe Incarné                                                                 

 

1. Dans quel sens saint Joseph peut-il être appelé

le père de Jésus-Christ ?                                                                  118

 

2. La paternité de saint Joseph par rapport au Verbe Incarné                                                                                            120

 

3. Précisions au sujet de l’expression Père de Jésus,

attribuée à saint Joseph                                                                    121

 

4. Amour mutuel de saint Joseph et de Jésus-Christ                           122                                   

5. Devoirs de saint Joseph envers Jésus-Christ                                  124                                           

6. Saint Joseph, ministre de la circoncision                                        125                                                          

7. Imposition du Nom de Jésus                                                          126                                                                      

8. Saint Joseph, présent à l’adoration es Mages                                 128                                                   

9. Présentation de Jésus au Temple                                                  129                                                             

10. Fuite en Egypte                                                                         131                                                                                   

11. Perte de Jésus au Temple                                                          134                                                              

12. De quelle manière Jésus fut-il soumis à saint Joseph ?                 137                            

13. Progrès de saint Joseph dans la vertu                                         139  

 

 

ooo00ooo  

 

 

                                                       

 

 

FICHE : TH01 – Du culte de la Sainte Vierge et de Saint Joseph selon Newman 1801-1890, par M. Christian Gaumy, CFRDJ.


 

De l'oeuvre immense de Newman ce court passage mérite d'être détaché. Il est emprunté à sa célèbre Lettre au docteur Pusey sur son Eirenicon (18 novembre et 7 décembre 1865). Newman, prêtre catholique depuis 1847, reste en relation avec son ancien ami Pusey, prêtre anglican, à qui le culte marial offre difficulté, tel qu'il le voit ou le croit pratiqué dans l'Eglise romaine. C'est alors que Newman établit une distinction entre croyance et dévotion, montrant comment la dévotion dépasse souvent la théologie. Si ceci est vrai dans le cas de la Sainte Vierge, incidemment il étend cette distinction à d'autres saints et très spécialement à saint Joseph.


Il y avait des saints plus rapprochés de Notre-Seigneur que les apôtres ou les martyrs ; mais comme si ceux-là avaient été perdus dans le rayonnement de sa gloire, et parce qu'ils ne s'étaient pas manifestés durant leur vie par des oeuvres extérieures en dehors de lui, il en résulta que pendant longtemps ils furent l'objet de moins d'attention... Puis, à mesure que succédèrent des temps relativement calmes (et grâce aux) méditations pieuses de quelques saints personnages et à leur commerce mystérieux avec le ciel.... se levèrent dans le firmament de l'Eglise ces astres lumineux, plus importants, plus augustes que tout ce qui les avait précédés, et qui se levaient tard précisément parce qu'ils rayonnaient d'une splendeur particulière... Saint Joseph en est l'exemple le plus frappant : il nous offre l'exemple le plus clair de la distinction entre la doctrine et la dévotion. Qui, par ses prérogatives et par les témoignages qui nous font foi, eut jamais plus de droit que lui à recevoir de bonne heure l'hommage des fidèles ? Proclamé saint par l'Evangile, père nourricier de Notre-Seigneur, il fut dès le commencement un objet de foi absolue et universelle pour le monde chrétien ; et cependant la dévotion envers lui est relativement récente. Quand elle commença, les hommes s'étonnèrent qu'on n'y eût pas songé plus tôt ; maintenant ils placent saint Joseph à côté de la Sainte Vierge dans leur vénération et leur pieuse affection.

 

(Du culte de la Sainte Vierge dans l'Eglise Catholique-lettre à Pusey, ch.iii,tr.fr.,Téqui,1908, pages 45 sq)

 


 

 

Saint Joseph

Patron

Des

Apprentis